intervention de Jacques Lerichomme sur la Poltique Commune Agricole
Aujourd’hui, un milliard d’individus - dont 70 % de paysans - souffre de la faim. La production alimentaire mondiale doit doubler, la Chine doit nourrir un quart de la population mondiale avec 10 % des terres arables... Et que nous montre le capitalisme ? Des spéculateurs qui se jettent sur les matières premières alimentaires, le remplissage des réservoirs préféré à celui des estomacs... Et à nos portes, les familles populaires qui peinent à s’acheter des fruits ou de la viande.
Depuis 1992, les réformes successives de la PAC ont eu des conséquences terribles sur l’ambition agricole européenne, et surtout sur les paysans. Nous avons aujourd’hui un paysan sur quatre au RSA, et un sur deux au SMIC. L’alimentation représente 15 % du budget des ménages, mais seulement 4 % revient aux producteurs. Les orientations libérales de l’Union européenne pèsent lourd dans ce bilan, c’est pourquoi il nous faut, plus que jamais être vigilant à cette nouvelle PAC.
En effet, depuis 50 ans, les politiques agricoles poursuivies en Europe se sont adaptées aux exigences croissantes de l’OMC, quand elles ne les ont pas anticipées.
En 1950, 5,5 millions de personnes travaillaient dans ce secteur, elles ne sont plus que 770 000 aujourd’hui. Depuis le début des années 2000, le renouvellement des générations n’est plus assuré.
Les chiffres officiels estiment que la France ne comptera guère plus de 350 000 exploitations d’ici 2020, contre environ 500 000 aujourd’hui. Le cas du secteur laitier est particulièrement éloquent : de 88 000 élevages en 2007, la France pourrait passer à 30 000 à l’horizon 2035.
La course aux « gains de productivité », à la « compétitivité », s’est faite au détriment du nombre d’actifs agricoles, du nombre d’exploitations, et donc de la vie en milieu rural. Pourtant l’aménagement durable du territoire engendré par l’activité agricole reste essentiel à la préservation et à l’évolution des milieux.
Le développement agricole s’est effectué au détriment de l’environnement et de l’agronomie.
La standardisation des systèmes de production a entraîné la banalisation des produits, et la critique de la « malbouffe » par les consommateurs de plus en plus inquiets du contenu de leur assiette.
Il ne s’agit pas de bricoler des réponses pour telle ou telle clientèle, mais d’apporter une réponse sociétale, au niveau d’enjeux qui sont planétaires. Or si l’on veut une agriculture capable de répondre aux défis qui lui sont lancés, il faut la sortir de l’OMC. Nous ne sommes pas protectionnistes : nous avons, en France et en Europe, un savoir-faire agricole et alimentaire, et sur cette base nous pouvons développer des coopérations mutuellement avantageuses. Si l’UE veut jouer son rôle, elle doit mettre son savoir-faire agroalimentaire sur la table du défi alimentaire mondial.
La politique européenne, tant agricole que sociale, a été constamment destructrice d’emplois depuis un demi-siècle.
Faire en sorte que les paysans soient nombreux sur le territoire n’est pas un dogme, ce peut être, ce doit être un objectif qui contribue notablement à l’équilibre social et économique et à la satisfaction des besoins d’une partie croissante de la population.
En proie à une crise économique et identitaire, les paysans français peinent à imaginer leur avenir. Les dirigeants actuels ne semblent pas s’en émouvoir et poursuivent la même politique.
Depuis le début de l’année, l’ensemble des productions agricoles essuie crise sur crise. Toutes productions confondues, les prix agricoles ont chuté de plus de 13% entre juin 2008 et juin 2009. Premiers touchés : le lait (-21,6%) ; les fruits et légumes (-17,6%).
Malgré les différences entre productions, les agriculteurs français sont tous soumis à la même injonction : produire encore et toujours moins cher. Car la réponse de la Commission et du gouvernement français est toujours la même : dérégulation et harmonisation par le bas.
Dans ce contexte, les agriculteurs jouent gros dans les discussions qui débutent autour de la Politique Agricole Commune de l’après 2013. Dans cette bataille décisive, le soutien de l’opinion publique sera nécessaire. Les citoyens sont sensibles aux difficultés des agriculteurs : selon un sondage IFOP publié en juin, 85% des français trouvaient « justifiées » les manifestations des éleveurs laitiers qui se battaient pour un prix rémunérateur.
Souveraineté alimentaire, prix rémunérateurs pour les paysans, respect des travailleurs et de l’environnement, aménagement des zones rurales, rééquilibrage des relations Nord/Sud… voilà un aperçu de la PAC moderne dont ont besoin les paysans et les citoyens européens.
Il s’agit donc d’appréhender une nouvelle politique agricole commune se fixant des objectifs ambitieux :
- rémunérer le travail des paysans et des salariés de l’agroalimentaire : par l’instauration d’un prix minimum indicatif européen, qui serait un prix de négociation, un minimum sous lequel on ne devrait pas descendre.
- assurer la souveraineté et la sécurité alimentaires, en passant notamment par des stocks de sécurité : au moment de la flambée des prix des céréales, cela aurait permis d’éviter l’explosion des prix des aliments du bétail et de nombreux produits de base.
- renforcer la sécurité sanitaire des aliments par le biais d’un socle minimal d’exigences incluant entre autres l’interdiction des farines animales, les OGM, les aliments médicamenteux, les hormones de croissance.
- favoriser le respect de pratiques agricoles durables et de proximité : valorisation des circuits courts, lutte contre le changement climatique, économie d’eau et d’énergies, préservation de la biodiversité, ……
Aussi, répondre à ces objectifs, c’est avoir à cœur de se donner les moyens par le biais, par exemple, d’actions concrètes telles que :
- la mise en place la clause de sauvegarde, correspondant à la possibilité de refuser des importations extracommunautaires dont les cahiers des charges, les garanties sociales et sanitaires, sont inférieurs à ceux de l’UE. Un exemple : la banane-dollar, qui inonde la planète, ressort d’un système de production où on balance les traitements par avion sur les gens qui travaillent dans les bananeraies !
- l’instauration d’une taxe sur le transport des produits agricoles, qui servirait à financer un fonds de relocalisation de la production et de l’emploi agricoles. En effet, l’Europe doit faire le choix de la relocalisation agricole. Cela signifie, entre autres, que les productions des Etats doivent d’abord se vendre sur leur propre territoire, puis aller chercher la fraction qui manque sur le marché communautaire. Il est aussi possible d’imaginer la mise en œuvre des rapports de coopération mutuellement avantageux avec les grandes régions du monde, notamment avec celles du Sud.
- Enfin, il conviendrait de mettre en place des calendriers d’importations intracommunautaires, qu’il s’agirait d’étendre à des pays comme le Maroc, dans le cadre d’un partenariat euro-méditerranéen mutuellement avantageux.
De façon plus générale ces préoccupation participent d’une vision plus large de la construction européenne, notamment en terme des coûts de production et des droits sociaux dans l’Union Européenne : à tire exemple,
- un droit du travail européen doit être progressivement établi et doit aboutir à une montée des salaires, notamment dans les nouveaux Etats membres, et à une harmonisation des droits sociaux en Europe.
- Des aides pour l’accès doivent être accordées pour l’alimentation de qualité des consommateurs pauvres.
- la mise en place de mesure favorisant l’installation agricole et l’accès au foncier.
Vous l’aurez compris, cette nouvelle PAC revêt un caractère d’une énorme importance quant à l’avenir de l’Europe et plus largement de notre planète.
Nous retrouvons dans cette délibération, des grandes orientations que nous partageons : la sécurité alimentaire, la juste rémunération des agriculteurs, les objectifs communs de lutte contre le changement climatique, le soutien à la proximité et à la qualité des produits, la coopération avec les pays du Sud.
Pour autant, nous ne partageons pas entièrement la vision développée faisant es régions les partenaires privilégiés de l’UE sur le plan agricole. Sans pour autant remettre en cause les spécificités locales à prendre en compte dans la gestion des politiques agricoles, nous demeurons attachés au cadre national comme seul niveau pertinent d’égalité entre les territoires.
Cette réserve émise, nous voterons cette délibération.