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Tunisie : le peuple fait l’histoire - Alain Hayot

« Si le peuple veut vivre, il faut qu’il se soulève ». Plus d’un demi-siècle après l’indépendance le peuple tunisien met de nouveau en pratique le refrain de son hymne national. La révolution du jasmin nous rappelle et c’est une excellente nouvelle pour tous les démocrates que ce sont les peuples qui font l’histoire. En un mois les jeunes, les ouvriers, les femmes, les intellectuels, les militants des droits de l’homme, la gauche que l’on croyait définitivement muselée, ont convergé vers une exigence forte « Ben Ali barra ! » « Ben Ali dégage !». Ils l’ont fait sans avoir eu recours à la référence religieuse mettant ainsi à mal l’argument que l’on nous servait pour justifier la complaisance à l’égard de ce régime totalitaire. Toute honte bue nos gouvernants ont tenté jusqu’à la dernière minute de nous servir cette sauce nauséabonde : Bruno le Maire affirmait que Ben Ali était « souvent mal jugé », Frédéric Mitterrand refusait que le qualificatif de dictature soit appliqué au régime tunisien et Michèle Alliot-Marie proposait officiellement au nom de la France et à la tribune de l’Assemblée Nationale le concours de notre police pour aider Ben Ali à mater la révolte ! Je n’oublie pas non plus que DSK au nom du FMI a déclaré que la Tunisie était un modèle de développement. Jamais le « mépris de l’ancien colonisateur » pour reprendre le propos de Taoufik Ben Brik ne s’était exprimé avec autant de cynisme. La leçon tunisienne mérite d’être suivie de près. Certes l’avenir n’est écrit nulle part. Le peuple et les démocrates tunisiens savent qu’il faut poursuivre leur mobilisation s’ils ne veulent pas se faire voler la liberté chèrement conquise. Les obstacles sont nombreux : internes à la Tunisie où une classe parasitaire s’est accaparée, à l’ombre de la dictature les principales richesses et les leviers économiques et politique ; les pillages perpétrés actuellement par les milices à la solde du parti au pouvoir, le RCD montre bien que ces forces n’ont pas l’intention d’abdiquer d’autant plus qu’elles contrôlent l’appareil d’Etat, l’armée et la police ; externes à commencer par l’ancienne puissance coloniale qui va tout faire pour préserver ses intérêts.

Les Echos nous apprennent que la France est le premier investisseur étranger avec 1250 entreprises dont 500 sont des délocalisations de proximité dans les domaines du textile, du cuir et de l’habillement. Mais les industries du CAC 40 sont aussi présentes comme Air liquide, Danone, Renault, en Tunisie PSA, Sanofi, Total, Carrefour ou Casino de même que les services avec notamment les centres d’appels, les banques et les assurances. La compétition avec l’Italie, l’Allemagne, la Grande Bretagne et les Emirats Arabes Unis est rude pour la conquête de nouveaux marchés et on comprend mieux l’embarras actuel du pouvoir. Une fois de plus sa préoccupation première sera de préserver les profits au détriment de la volonté du peuple tunisien de construire une démocratie qui lui apporte les moyens de vivre en répartissant autrement les richesses. Notre solidarité, celle du peuple français doit s’exprimer de toute urgence afin de s’opposer à l’obstination néocoloniale de la droite sarkozyste.

N’oublions surtout pas que l’enjeu est considérable à l’échelle du monde magrébin et méditerranéen : la Tunisie peut faire la démonstration qu’il est possible de se débarrasser du glaive, les dictatures majoritaires dans le monde arabo musulman, sans tomber sous la coupe du goupillon, l’intégrisme religieux.

Plus que jamais soyons solidaires.

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T
<br /> tous les livres saints sont "intégristes.<br /> <br /> <br />
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