Les cérémonies de vœux dans les communes des Alpes de Haute Provence donnent une image intéressante de l’état d’esprit des élus et de la population.
J’ai eu l’heureuse surprise d’entendre dans la quasi totalité d’entre elles des discours très hostiles à la réforme territoriale et même de la part d’élus connus pour leur modération politique, voire leur proximité de l’UMP. La presse confirme l’impression que m’ont donnée les cérémonies auxquelles j’ai participé, beaucoup d’autres communes connaissent la même fronde anti- réforme territoriale.
Des mots très durs tels que « on nous prend pour du bétail électoral » et des appels enflammés à la résistance sont ainsi lancés.
J’avoue que j’ai d’abord été éberluée, faisant semblant d’être dépouillée de mon discours pour en fait surenchérir en rappelant que nous, bas-alpins, nous savons ce que c’est que résister depuis 1851 où nous avons été parmi les rares départements à nous soulever contre le coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte.
Ne s’agit-il pas d’une succession de petits coups d’Etat, de la part du Président de la République soutenu par sa majorité UMP ? Les fondamentaux de notre République sont remis en cause dans son organisation démocratique et dans ses acquis sociaux, hérités du Front populaire, de la Libération, de 1968 et des années 1981-82, de grands moments progressistes de notre Histoire. Tout ce qui constitue notre identité collective est jeté pièce par pièce aux oubliettes au nom d’une supposée modernisation qui n’est en réalité qu’une adaptation aux critères de l’ultra-libéralisme.
Le public applaudit quand on dit qu’il est inacceptable d’imposer des reculs alors que la France de l’après-guerre avait permis avec le programme du CNR de considérables avancées. Par ailleurs il manifeste son attachement aux pouvoirs des communes, refusant que ces dernières deviennent des coquilles vides.
Mais je suis réservée sur les lendemains de ces expressions « rebelles ». Elles doivent nous encourager à travailler pour que les dangereuses conséquences de cette réforme deviennent accessibles à tous et qu’elles ne restent pas une affaire motivant essentiellement les élus qui pourraient être accusés de défendre leurs avantages. Il convient d’aller à la rencontre de la population, notamment dans le cadre des enjeux des cantonales.
J’esquisse toujours au cours des cérémonies de vœux où on me donne la parole, les avancées sur lesquelles travaillent notre majorité régionale, notamment la tarification sociale de la restauration, la gratuité partielle des TER, la Maison de l’eau, la mise en place d’une Vice-Présidence pour la défense des services publics. En résumé, l’empreinte progressiste de notre groupe Front de Gauche. Il serait regrettable de voir tout cela remis en cause par les contraintes budgétaires dès 2011, du fait de la baisse de la dotation de l’Etat. De plus 2014 marquerait la mort d’une politique régionale prenant en compte les problèmes territoriaux pour pallier les grands déséquilibres. Un soir, mes propos m’ont valu une violente attaque du député UMP, exceptionnellement présent. Son hostilité grossière devait me faire payer ma présence au 1er rang des bruyants manifestants, lors de la visite de Rachida Dati dans son fief de Sisteron. La vie politique dans le 04 n’est pas un long fleuve tranquille !
L’essentiel aujourd’hui est de semer des éléments de réflexion pour faire progresser une action de résistance sur les enjeux des transformations voulues par le gouvernement et ses alliés.
Etre moderne aujourd’hui serait apporter plus de démocratie dans le cadre d’une Constitution plus progressiste, d’une VI ème République. Or c’est une régression qu’il faudrait accepter. Comme disait l’un des maires combatifs d’une commune rurale « la messe n’est pas dite ».