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Séminaire de la majorité régionale - discours de Gérard Piel

Nous nous retrouvons à l’issue d’une longue séquence électorale qui fut désastreuse pour l’ensemble des forces politiques qui se réclament de la gauche mais également, et cela est bien plus grave, pour les habitants de notre pays.

Ils ont exprimé une fois de plus leur défiance à l’égard de la politique et leur désespoir de voir ceux en qui ils ont cru, trahir chaque jour un peu plus leurs engagements en s’abstenant massivement ou en accordant leurs suffrages à l’extrême droite.

Cela doit nous interroger sur nos pratiques et les moyens que nous nous donnons pour mener à bien des véritables politiques de transformation sociale.

Cela doit interroger les partis qui ont été ou sont encore au gouvernement sur la faillite des orientations politiques engagées depuis deux ans, sur l’absence de réponse aux exigences populaires, sur le refus d’entendre les propositions des autres forces de gauche et du mouvement social…

La réponse à ce désaveu cinglant ne pourra pas être un énième appel au vote utile ou à un rassemblement de façade des forces de gauche face à la menace du FN mais un radical changement d’orientation de la politique gouvernementale.

Ce ne pourra pas être non plus un effort de pédagogie en direction des électeurs qui ne comprendraient pas l’utilité des politiques menées.  Ils comprennent et sanctionnent en conscience, il serait temps de l’admettre.

Malheureusement, le gouvernement semble sourd à la révolte qui s’est exprimés dans les urnes et aujourd’hui comme hier rien ne semble plus arrêter la course folle à la réduction des déficits dans laquelle il s’est engagé.

Du plan d’économies de 50 milliards d’euros au pacte de responsabilité en passant par la destruction de l’organisation territoriale de notre pays et de la démocratie locale, il n’est pas un domaine qui échappe aux dogmes imposés par les têtes pensantes du capitalisme mondialisé.

Austérité et compétitivité, voilà donc les nouvelles valeurs auxquelles tout bon politique raisonnable devrait se plier, faute d’être taxé de dangereux démagogue qui mènerait notre pays à la ruine.

Dans ce contexte, l’accélération des réformes engagées par le nouveau premier ministre va avoir un impact durable et dramatique sur l’ensemble des collectivités locales de notre pays.

Pourtant premiers investisseurs sur les territoires, ces dernières sont aujourd’hui accusées de creuser dangereusement les déficits, par leur nombre bien trop élevé, leurs dépenses dispendieuses, l’enchevêtrement de leurs compétences…

Du gel des dotations sous l’ère Sarkozy, à la baisse des dotations sous l’ère Hollande, en passant par la suppression de toute marge de manœuvre fiscale et par des transferts de compétences non compensées, les collectivités en général, et la nôtre en particulier, n’ont déjà plus les moyens de mener à bien leurs politiques, passant ainsi d’acteurs de leurs territoires à simples exécutants des directives de l’Etat.

C’est bien la mise en œuvre du pacte de responsabilité à l’échelle locale avec des régions aux compétences toujours plus étendues mais sans les moyens de les mettre en œuvre, sauf à libéraliser encore un peu plus les services publics…

Mais cela n’est pas encore suffisant, il faudrait maintenant des fusions de territoires arbitraires et rapides pour répondre aux standards imposés par l’Europe de la finance et permettre des économies induites par les mutualisations à marche forcée.

Que restera-t-il de la démocratie de proximité et du lien avec les citoyens ou de la coopération entre les territoires ?

Des investissements publics, du soutien au tissu associatif garant d’une cohésion déjà grandement mise à mal par des années de crise ?

Et tout cela dans un manque de transparence totale tant les élus locaux que nous sommes n’ont été en rien associés à ces annonces.

Combien de personnels de l’Etat vont être transférés aux Régions et dans quelles conditions ?

Où en est la contractualisation Etat/Région alors que le dernier CPER est terminé depuis plus d’un an, que le gouvernement devait annoncer des enveloppes budgétaires au mois d’avril, et qu’aujourd’hui aucun euro n’est avancé ? Allons-nous devoir signer un nouvel avenant pour l’année 2015 ?

Autant de questions aujourd’hui sans réponse.

Car il s’agit aujourd’hui d’avancer et de mettre au pas les collectivités territoriales, avec le soutien tacite de la plupart de ces dernières ce que nous regrettons vivement.

En effet, à l’heure où commencent à se construire les budgets, force est de constater que la résignation voire l’approbation semblent être de mise dans les conseils régionaux.

Pourtant, de 2010 à 2012, nous dénoncions ensemble les attaques de Nicolas Sarkozy contre les collectivités.

Nous contestions la fusion département/région et la mise en place du conseiller territorial et en appelions à la souveraineté populaire pour trancher ces débats par la convocation d’un referendum.

Nous votions l’émission d’un titre de recettes à l’encontre de l’Etat.

Nous  réclamions une grande et juste réforme fiscale qui aurait visé, entre autres, à nous donner des marges de manœuvres pour mettre en œuvre nos orientations politiques de mandature.

Aujourd’hui, les conseillers régionaux de notre groupe se retrouvent bien seuls dans ce combat alors même que les discussions budgétaires commencent et que les urgences économiques et sociales auxquelles nous devons faire face se sont encore amplifiées.

Nous vous avons soumis un vœu quant au démantèlement institutionnel de notre pays lors de la dernière assemblée plénière, vœu qui, malgré un constat certainement divergent sur la future réforme territoriale, appelait uniquement à interpeller le gouvernement pour que ce projet soit soumis à débat et référendum.

Vous avez fait battre ce vœu !

Alors même que nous appelons tous ici à une plus grande implication de la population, vous leur refusez le droit de s’exprimer sur une réforme qui modifiera profondément l’organisation territoriale et politique de notre pays.

Au plus près des territoires et de ses habitants, nous devons entendre la colère populaire et le sentiment d’impuissance de l’action politique et publique, qui en découle car ces politiques austéritaires nous frappent tous de plein fouet, que l’on soit retraité, salarié, précaire ou étudiant.

Nous ne pouvons accepter de reculs sur les engagements que nous avons pris ensemble en 2010 au prétexte que la situation a changé.

Oui elle a changé. La crise était déjà là en 2010 mais quatre ans plus tard ses effets n’en sont que plus douloureux au sein de la population et appellent une réponse politique ambitieuse. Une réponse qui dépasse les carcans austéritaires que l’on nous impose et qui, partout, font la preuve de leur échec.

Il est de notre responsabilité d’apporter des réponses à celles et ceux qui souffrent, aux salariés des entreprises en lutte, des cheminots aux intermittents pour ne citer que des exemples d’actualité, aux familles qui ont vu leur pouvoir d’achat reculer sans discontinuer, aux agents de notre collectivité qui subissent un gel de leur salaire depuis plus de quatre ans…

Nous refusons d’accepter le couplet du fatalisme maintenant récurrent, celui qui voudrait que la politique ne puisse rien face aux marchés et face aux banques.

Si l’exemple de Fralib doit nous apprendre une chose, c’est que la lutte paye même quand elle parait déséquilibrée à la base, et je voudrais dire ici, au nom de mon groupe, notre satisfaction quant à l’issue de leur combat et appeler notre collectivité à leur apporter le soutien nécessaire pour permettre à leur activité de démarrer dans les meilleures conditions.

Le groupe Front de Gauche demande donc à la majorité régionale de ne pas oublier ses valeurs et ses engagements et à ne pas accepter sans se battre cette mise au pas des collectivités.

Nous devons appeler ensemble et avec force à un grand débat populaire sur l’avenir de nos collectivités qui devra se conclure par un référendum.

Nous devons exiger ensemble du gouvernement les moyens financiers nécessaires à la mise en œuvre optimale de nos missions et de nos politiques.

En 2010, nous revendiquions notre rôle de bouclier social face aux politiques de Nicolas Sarkozy et nous pouvions encore y prétendre.

Aujourd’hui, sans une réelle mobilisation de notre collectivité à l’égard du gouvernement, nous sommes condamnés à un simple rôle d’administrateurs de l’austérité décentralisée.

Le groupe Front de Gauche s’y refuse avec force et appelle la majorité régionale à avoir le courage d’aller au bout de ses engagements vis-à-vis des habitants de notre région.

 

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