Par cette délibération, la Région PACA va rejoindre le Département du Gers, dans la procédure engagée devant la Cour de Justice Européenne, procédure qui vise à faire annuler les autorisations d’importation et de mise en marché de six variétés de maïs OGM accordées par la Commission Européenne le 28 juillet 2010.
Nous nous félicitons d’une telle décision pour plusieurs raisons.
Tout d’abord pour des raisons sanitaires.
Les manipulations génétiques peuvent induire des changements dans le fonctionnement des plantes et provoquer la synthèse de nouveaux composés toxiques dans l’alimentation ainsi que la dissémination à grande échelle de gènes de résistance à des antibiotiques. De plus, les contrôles de toxicité ou les tests d’allergie sur les aliments issus d’OGM sont le plus souvent incomplets, voire inexistants. La plupart des plantes transgéniques commercialisées sont conçues pour produire ou tolérer des pesticides et des insecticides. Les résidus de ces pesticides sont donc susceptibles de s’accumuler dans la chaîne alimentaire et d’avoir des effets toxiques à long terme. De plus les pollutions génétiques peuvent favoriser l’apparition de nouvelles espèces envahissantes (véritable menace pour la biodiversité).
Ensuite pour des raisons sociales, humaines.
En effet, la culture des OGM s’inscrit dans une logique économique libérale dont les effets sont désastreux pour les paysans, mais aussi pour les consommateurs du monde entier, puisqu’elles nient la dimension culturelle de l’alimentation et l’exigence d’autosuffisance alimentaire des grandes régions du monde. Son développement accompagne le parti-pris d’une agriculture basée sur le productivisme, un commerce international débridé et le déclin de l’exploitation familiale, qui s’accompagne, elle, de l’abandon des systèmes agraires traditionnels.
Pour les grandes multinationales semencières, à la pointe de la recherche, les OGM sont l’arme alimentaire devant leur assurer la domination sur l’agriculture mondiale.
Il nous paraît donc important d’organiser la riposte appropriée aux ambitions démesurées de ces multinationales. Nous ne pouvons accepter aucune entreprise de privatisation de la nature et de la vie.
Cependant, au-delà de cette position de principe, nous sommes obligés de constater que la culture des OGM augmente partout dans le monde. Notre responsabilité politique exige donc, plutôt que de suivre la politique de l’autruche, de contrôler cette évolution.
Ceci suppose de reprendre le contrôle d’un domaine de recherche capital pour notre avenir. Le secteur public et ses valeurs doivent pouvoir disposer des capacités pour résister aux semenciers privés et proposer des semences non brevetées aux paysans du monde entier, et notamment des pays en développement. Il existe en particulier une grande marge de développement et d’amélioration des semences non OGM.
Cette reprise en main suppose au préalable de donner aux scientifiques les moyens, financiers mais aussi juridiques, d’effectuer leurs recherches en toute indépendance, en vue d’élaborer des produits utiles à l’humanité. Il est donc primordial de ne pas abandonner la recherche publique sur le sujet. Ces recherches permettront notamment d’éviter de rester trop dépendants des entreprises privées en pointe dans le domaine de la recherche. Des moyens supplémentaires permettraient notamment de sécuriser davantage les expériences scientifiques menées et d’éviter la pollinisation sauvage émanant des plantations en plein champ.
Ceci suppose enfin de se battre, au sein des organisations internationales, pour sortir l’agriculture du champ de compétences de l’Organisation mondiale du commerce : il s’agit bien de protéger les paysans du monde entier contre les ravages de la mondialisation libérale sur les systèmes productifs locaux, de défendre les cultures du monde entier contre leur soumission aux logiques commerciales portées par les multinationales de l’agroalimentaire et l’OMC.
L’affranchissement des paysans vis-à-vis des firmes multinationales est aujourd’hui une nécessité pour le développement d’une agriculture dont la société a besoin.
C’est aussi tout le sens d’une politique agricole commune réorientant l’agriculture vers une agriculture paysanne, respectueuse de l’environnement, des hommes et des femmes qui en vivent et des consommateurs.