Le 13 février, à Nantes, un chômeur s’est immolé par le feu devant l’agence Pôle emploi. On lui avait signifié la fermeture de ses droits et de devoir rembourser un trop perçu. Un drame. Mais qui n’aura guère de conséquences, l’émoi retombera vite, on assistera psychologiquement les salariés traumatisés de l’agence, et on tournera la page…
La veille, Didier Migaud, Premier Président de la Cour des comptes, a solennellement rendu public le rapport annuel de cette haute juridiction. Une parole qui fait grand bruit et va provoquer de fortes conséquences. Didier Migaud a dit ce que tout le monde savait : l’objectif d’un déficit budgétaire réduit à 3% du PIB en 2013, règle d’or du gouvernement, est… inatteignable ! Ce qu’on appelle un secret de Polichinelle. Mais le personnage est fort sérieux, socialiste, ancien président de la Commission des finances de l’Assemblée nationale, puis Premier président de la Cour des comptes, les deux fois de par la volonté de Nicolas Sarkozy. Il est écouté. D’autant, il est vrai, que la récession pointe son nez. Le très modeste critère d’une croissance à 0,8% pour 2013 n’est pas au rendez-vous. Donc tout l’échafaudage budgétaire s’écroule.
Le Premier ministre a aussitôt pris acte, et le Président de la République a conclu qu’ « il ne sert à rien d’afficher des objectifs s’ils ne peuvent être atteints ». Jean-Marc Ayrault précisant que l’important c’est la trajectoire… Vers le cap maintenu, pour la fin du quinquennat, d’un déficit zéro !
La Cour des comptes ne se limite pas au diagnostic, elle propose le remède d’urgence : opérer de nouvelles coupes budgétaires. Afin de rassurer Bruxelles, Berlin, les agences de notation et les marchés financiers… Quelques esprits chagrins considèrent qu’avec de telles prescriptions ladite Cour sort de son rôle. Mais comptent vraiment ce qu’elles valent.
La sagesse des dignes magistrats leur fait-elle ignorer que les dépenses de l’État sont productives de richesse, en particulier via les services publics, ce qui signifie que leur réduction se traduira par une baisse du PIB, donc une aggravation de la récession, et…des déficits ? Implacable logique qu’on peut facilement étudier en allant se faire voir chez les Grecs.
C’est le cercle vicieux des régressions, de la misère et, au bout, des suicides silencieux.
A l’heure de la guerre de classes qui est le vrai nom des prétendues politiques économiques ultralibérales, ne faudrait-il pas que le gouvernement, socialiste, écoute moins le bon Monsieur Migaud et davantage le désespoir des chômeurs inconnus ?
Celui-ci s’appelait Djamel Chaab, il était algérien, en France depuis 2008 et titulaire d’une carte de séjour de dix ans, chaudronnier de formation. Il avait envoyé un message à la presse : « Aujourd’hui, c’est le grand jour pour moi car je vais me brûler à Pôle emploi car j’ai travaillé 720 heures et la loi c’est 610 heures et le Pôle emploi a refusé mon dossier. Merci. Au revoir ».