Le mouvement contre la réforme sarkozyste des retraites connaît une évolution qualitative passionnante. Parti sur un refus de la réforme concoctée par la droite dont plus personne (à l’exception du gouvernement dont les discours sonnent comme un disque rayé) ne conteste le caractère profondément injuste et inefficace, le mouvement s’est progressivement nourri d’une exigence sociétale.
Nicolas Sarkozy a perdu la bataille des idées à propos des retraites sur au moins trois terrains essentiels : en premier lieu sur le financement où l’écart entre la taxation des revenus du travail et ceux du capital est apparu en pleine lumière ; ensuite, l’irruption de la jeunesse dans le mouvement a permis de poser à nouveau la question du partage du travail. Comment croire que la prolongation au travail des séniors va résoudre le financement des retraites alors qu’elle va retarder l’entrée des jeunes actifs qui seront de surcroît, plus productif que leurs ainés. En effet, du fait des avancées scientifiques et technologiques un salarié d’aujourd’hui, en travaillant moins, produit cinq fois plus que celui de 1960 et on prévoit que cette productivité va encore doubler dans les quarante prochaines années.
Enfin l’exigence d’une retraite dès 60 ans et à taux plein pour les femmes comme pour les hommes a fait surgir une aspiration de nature quasi-anthropologique : le temps de la retraite n’est plus seulement vécu comme un temps de repos bien mérité mais comme une véritable avancée de civilisation qui permet aux individus, après avoir consacré la majeure partie de leur vie d’adulte au travail, de profiter encore d’un temps de vie, dégagé des contraintes du salariat, pour s’occuper de soi, des siens et des autres. Et il suffit de voir l’apport des retraités à la vie associative pour se rendre compte que loin d’être une charge, il constitue un atout pour la société.
La gauche est-elle à la hauteur des exigences portées par ce mouvement ? C’est sans aucun doute une question décisive pour l’immédiat et pour 2012.
Lors des dernières manifestations j’ai été frappé par le succès auprès des jeunes de l’autocollant produit par le collectif d’artistes « Ne pas plier » qui proclame « je lutte des classes ». Cette vision radicale de la situation politique par les jeunes doit amener la gauche à ne laisser planer aucune ambiguïté sur son opposition à la réforme actuelle et sur ce qu’elle fera si elle revient aux responsabilités. Voilà, à mon sens, la tâche essentielle du Front de Gauche : rassembler autour de l’idée que le mouvement sur les retraites pose des questions fondamentales et appellent à un changement radical de politique et de société. L’enjeu, pour la gauche, n’est rien moins que d’élaborer et de mettre en œuvre une politique dont le moteur n’est plus le profit financier mais le bien être humain en harmonie avec l’avenir de notre planète.