Le débat après la publication par un site internet, Wikileaks, de 250000 dépêches diplomatiques en provenance des ambassades US fait rage : le uns, tel Hubert Védrine ancien Ministre Socialiste des Affaires Etrangères, crient au scandale y voient la marque du totalitarisme et Eric Besson ouvre la classe au site Web ; d’autres tels le site médiapart ou le chroniqueur de l’Humanité José Fort ou encore Bernard Maris sont convaincus que les citoyens ont tout à gagner à la transparence dans la conduite des affaires du monde et que le secret ne sert que les pouvoirs.
J’ai plutôt tendance à partager ce point de vue. Mais je voudrais le compléter par quelques remarques dont la philosophie est simple : la transparence c’est bien la démocratie c’est encore mieux.
Une grande part des informations publiées n’ont qu’un intérêt très relatifs : par exemple les opinions des ambassadeurs sur tel ou tel chef d’Etat relèvent de la pipolisation de la vie politique et ne nous apprennent pas grand-chose que nous ne savions déjà (les infos sur les frasques de Berlusconi ou sur le caractère autoritaire et susceptible de Sarkozy par exemple).
Par contre quand ces documents révèlent l’ampleur et l’origine (l’Arabie Saoudite mais aussi… la France) des pressions qui s’exercent afin de précipiter la guerre contre l’Iran, ou bien encore que les dirigeants de l’ONU sont espionnés par les services secrets US, nous pouvons considérer ces informations comme utiles.
Je pense que la nécessaire transparence ne suffit pas à l’exercice de la démocratie et je doute fort que la motivation première des journaux tel le Monde, qui ont décidé de publier ces textes soit d’informer nos concitoyens. La volonté de faire un « scoop » avec les avantages que cela procure me semble plus vraisemblable. Mais en admettant que la recherche de la vérité fasse partie des motifs, je crois que la presse a un rôle majeur à jouer de ce point de vue. Certains médias n’hésitent pas à le faire et il faut rendre hommage à ceux qui ont contribué à la clarté dans l’affaire Bettencourt-Woerth. Mais d’autres ont une tendance à la servilité à l’égard des pouvoirs qui ne garantit pas leur séparation, fondement de la démocratie. J’ai encore en mémoire l’humiliation subie par Claire Chazal de la part du Président de la République lors du dernier entretien télévisée et son manque de courage à lui rappeler la circulaire Hortefeux qui désignait les Roms à la vindicte policière.
La question fondamentale qui est posé n’est pas seulement la transparence, c’est la démocratie. La presse quand elle est libre et indépendante y contribue. Mais la démocratie doit garantir la transparence aussi par l’indépendance de la justice. Un procureur en France, cas unique en Europe, est soumis à l’autorité politique ! La garantie c’est aussi un parlement qui assume pleinement son rôle de contrôle de l’exécutif : au même titre qu’il élabore les lois il doit veiller à leur bonne mise en œuvre. Ce n’est vraiment pas le cas chez nous. La garantie c’est enfin un fonctionnement transparent du pouvoir surtout vis-à-vis des citoyens qui devraient être mieux informés et associés par une démocratie directe à tous les échelons.
L’affaire de Karachi et bien d’autres, montrent à l’évidence que nous sommes très très loin du compte. Comme le disait déjà le Marquis de Sade durant la Révolution Française : « Français encore un effort pour devenir Républicain ».