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Marseille la belle, la rebelle… - Alain Hayot

L’ampleur pris à Marseille par le mouvement sur les retraites suscite nombres d’interrogations et d’analyses de la part d’observateurs extérieurs qui n’hésitent  pas à parler d’exception marseillaise.

Il provoque aussi des prises de positions hostiles de la droite et du patronat marseillais et, plus surprenant, des principaux élus socialistes de la ville et du département.

Mais pour autant peut-on à ce point isoler ce qui se passe à Marseille du mouvement d’ensemble qui se déroule dans le pays ? La presse étrangère  préfère parler d’exception française caractérisée, selon elle, par notre « archaïsme », notre « égoïsme » et notre aveuglement face aux « contraintes » imposées parait-il par l’actuelle mondialisation. Et si le mouvement populaire renouvelait simplement une histoire qui depuis le siècle des lumières et la révolution française poursuit le rêve d’une vie meilleure et affirme la modernité d’un discours universel autour des valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité ?

Quelques exemples récents illustrent l’actualité de cette ambition : le refus, largement partagé, des discriminations à l’égard des Roms, des gens du voyage et des sans papiers, le dégout qu’a provoqué l’étalement des privilèges de l’argent roi avec l’affaire Bettencourt et bien sûr l’extraordinaire et progressive prise de conscience du caractère profondément injuste de la réforme sur les retraites. Toutes les études d’opinion montrent sur ce point, l’adhésion massive des français à cette idée.

Alors, Marseille dans ce mouvement général ? Si j’osais une hypothèse elle serait la suivante : le mouvement populaire dans cette ville a souvent anticipé ou amplifié la tendance générale. Quelques faits historiques l’attestent : la montée des fédérés marseillais à Paris en 1793, les premières émeutes en 1848, l’existence d’une commune en 1870.

Du 20e siècle jusqu’à aujourd’hui c’est la force du syndicalisme sur le port comme dans les industries et les services publics, doublé d’une expérience mutualiste originale. D’inspiration anarcho-syndicaliste, le mouvement syndical a su, paradoxalement, s’articuler avec le combat politique, notamment avec un Parti communiste, dont l’influence a marqué les consciences.

C’est l’extraordinaire capacité d’intégration des dynamiques migratoires au sein du mouvement ouvrier et des quartiers populaires même si c’est à Marseille qu’ont eu lieu les premières percées du FN. C’est le rôle décisif de la résistance dans la libération de la ville, suivi, chose unique, d’une tentative d’autogestion ouvrière des usines réquisitionnées. C’est enfin l’ampleur prise par Mai 68 et par les luttes récentes de 95 ou du CPE.

Tout cela a contribué à construire une ville populaire, profondément rebelle à l’ordre établi mais qui, paradoxalement, est depuis quinze ans gérée par la droite. La gauche marseillaise est-elle à la hauteur de son histoire ? La gauche française l’est elle tout autant ? A l’heure où le mouvement social exprime désormais le rejet du capitalisme, vécu comme destructeur de l’humanité mais aussi de l’environnement, l’enjeu politique majeur est de construire, tous ensemble, une alternative originale et inédite en rupture avec les dogmes libéraux ou socio-libéraux.

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