Allez voir le documentaire de G. Balbastre et Y. Kergoat sur les médias inspirés des livres de S. Halimi et de P. Nizan. C’est une critique remarquable de la promiscuité entre les quelques dizaines de journalistes et « d’experts » qui monopolisent l’espace médiatique et les mondes politiques et économiques dominants la presse écrite et audiovisuelle.
Vous voulez savoir pourquoi nous subissons l’uniformisation des idées et des informations (à l’exception de l’Huma, la Marseillaise, le Monde diplo, Politis, Médiapart et quelques rares autres) autour des dogmes libéraux ? Le documentaire montre clairement 3 faits :
1- La concentration de la presse et des médias audiovisuels entre les mains de quelques groupes industriels et financiers : Lagardère, Bouygues, Bolloré, Dassault, Société Générale et quelques autres se partagent TF1, et le Figaro, M6 et le Monde ou Télérama, Libération et le Nouvel Observateur, l’Express ou le Point… Dans le film F. O. Giesbert reconnait qu’en dernière instance c’est « le capital qui décide ». Vous avez dit indépendance ?
2- Une poignée de journalistes de droite mais aussi de « gauche » monopolisent les postes en vue, sont interchangeables, passent du public au privé et inversement, exercent en même temps dans plusieurs médias où ils distillent inlassablement les mêmes analyses, défendent le même crédo, celui du capitalisme mondialisé, du marché ouvert et de la concurrence libre et non faussée, de la fatalité de la crise et de l’impossibilité d’en sortir autrement que par l’austérité imposée aux peuples, la dérèglementation sociale et la marchandisation généralisées. Ils font aussi des « ménages » en animant des conventions ou des séminaires des grands groupes à des tarifs dignes du showbiz. Vous avez dit éthique et conscience ?
3- Un tout petit nombre « d’experts », toujours les mêmes sont systématiquement sollicités par ces mêmes journalistes et ont tous, ô surprise, la même orientation libérale. Les Attali, Minc, Godet, Elie Cohen, R. Cayrol et quelques autres se servent de leur titre universitaire pour légitimer leur parole. Ils oublient seulement de dire qu’ils sont tous administrateurs ou consultants de grands groupes industriels et financiers. Vous avez dit conflit d’intérêt ?
A cela s’ajoute que tout ce beau monde des médias est admis dans l’entre soi des dirigeants économiques et politiques : ils ont les mêmes origines sociales, les mêmes formations supérieures, ils se fréquentent et passent leurs vacances ensemble, ils se marient même entre eux. Le film montre qu’ils se réunissent régulièrement dans un grand hôtel parisien, au sein d’un cercle intitulé « le Siècle » où ils accordent leurs violons dans une sorte d’« appareil idéologique d’Etat » (Louis Althusser) où s’élaborent et se reproduisent les conditions de la domination de classe (P. Bourdieu).
« La presse est libre lorsqu’elle ne dépend ni du pouvoir ni des puissances d’argent » affirmait la Fédération de la presse en 1945. Rien n’est donc plus urgent que de reprendre ce combat pour une réappropriation citoyenne des médias. L’avenir de la démocratie est à ce prix.