Le cirque médiatique a pris ses quartiers la semaine dernière à Marseille en soufflant sur les braises de l’insécurité. A droite comme du côté des socialistes la surenchère est la même : sans chercher à analyser le phénomène, son histoire, sa réalité et ses causes chacun s’affirme meilleur que l’autre pour mettre en œuvre la même prétendue solution miracle : le tout répressif. Il est pourtant urgent de répondre à une question simple : pourquoi le sarkozysme sécuritaire qui manie le karcher depuis bientôt 10 ans à Marseille comme ailleurs est-il en échec ?
Est-ce faire preuve d’angélisme que de dire que la question est autrement plus complexe et que l’électoralisme qui consiste à courir après Claude Guéant et ... Marine Le Pen amènera inévitablement à s’y brûler les doigts.
Tous les sociologues notamment Laurent Muchielli, toutes les associations qui connaissent bien les terrains sur lesquelles elles travaillent, parfois depuis des décennies, ne cessent d’expliquer qu’il y a un lien étroit entre l’aggravation de la pauvreté, le creusement des inégalités sociales, la généralisation de la précarité et l’émergence d’une économie urbaine, informelle et illégale, à l’origine de la banalisation de la violence et du développement d’une délinquance quotidienne qui sert de substitut à une jeunesse exclue du système scolaire comme du travail. Ce processus n’est pas près de se tarir. L’INSEE vient de publier des chiffres terrifiants dont on dit déjà qu’ils seraient inférieurs à la réalité : plus de 8 millions de personnes en dessous du seuil de pauvreté, plus de 4 millions de chômeurs, des catégories sociales nouvelles qui « décrochent », des riches qui s’enrichissent toujours plus…
La crise manifestement frappe toujours du même côté. Nous sommes en train de construire, partout dans le monde, au Sud comme au Nord des sociétés de plus en plus inégalitaires qui portent le mal vivre et la violence comme « la nuée porte l’orage » pour paraphraser Jaurès. Prenons-y garde, l’inégalité génère à terme l’inconfort pour tous !
Bien sûr il faut un service public de police de proximité avec les moyens lui permettant d’être efficace tout en étant respectueux de la légalité républicaine et des droits des personnes. Mais une gauche digne de ce nom doit prioritairement porter une vision d’ensemble dont l’ambition est de construire, une « Société des égaux », pour reprendre le titre du dernier ouvrage de Pierre Rosanvallon, qui donne les moyens à chacun de refaire du commun, de revaloriser les grandes valeurs humaines de solidarité, de réciprocité, de coopération, de dignité et d’émancipation, de les mettre en œuvre dans un nouvel essor des services publics, de refonder des politiques en faveur de l’école, du travail, de la culture et de la qualité de la vie. D’ores et déjà il faut oser combattre les peurs et proposer aux citoyens d’autres solutions que la seule répression : il y a une grande disponibilité partout pour faire de l’en commun.
C’est là que se situe le vrai clivage droite/gauche. En effet la question n’est pas d’être meilleur gestionnaire du présent mais d’ouvrir une issue à la crise de civilisation de l’occident capitaliste, crise financière mais aussi sociale, culturelle et écologiste. Ce n’est malheureusement pas ce que l’on entend du côté de la primaire socialiste où la guerre des égos bat son plein et où certains hésitent à combattre la règle d’or sarkozyste.
Pourtant en cette veille d’année décisive, face au danger mortel d’une régression nouvelle, néoconservatrice, populiste et ultra libérale, la gauche a bien besoin de refonder son projet et le Front de Gauche est bien inspiré de vouloir élargir ce débat à toute la gauche et au-delà à tous les citoyens.