Overblog Tous les blogs
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

Droit de vote des étrangers : la malédiction - Alain Hayot

Le droit de vote pour les étrangers aux élections locales fait partie des victimes du virage opéré par F. Hollande. Est-ce un hasard si l’abandon de cet engagement présidentiel accompagne la ratification du traité européen, le choix d’un budget d’austérité, celui d’un pacte de compétitivité d’inspiration patronale.

Tout se passe comme si le «compromis historique» prenait les allures d’une bérézina face au MEDEF, à la droite et même à l’extrême droite. Cela fait très mal d’entendre le porte-parole de Marine Le Pen et de l’UMP, E. Ciotti, se réjouir de la décision présidentielle de renvoyer aux calendes grecques l’idée d’accorder aux étrangers le droit de vote. C’est la 3ème fois en 30 ans que le parti socialiste, après l’avoir inscrit dans son programme se déjuge sitôt arrivé aux affaires. Nous savons bien, à gauche, que l’on ne perd que les combats que l’on ne mène pas.

Le «courage fuyons» de F. Hollande face à la mobilisation des droites est de la même veine que celui opéré face aux dictats des marchés financiers. Là aussi il s’agit d’un recul en termes de projet politique : celui qui fait de l’émancipation humaine, du vivre ensemble et de l’ouverture aux autres, l’apha et l’oméga d’une vision progressiste du monde. C’est sur cette base que la révolution française avait proclamé la supériorité du droit du sol sur celui du sang.

Les arguments ne manquent pas pour affronter, lors d’un référendum, les droites unies contre un droit reconnu désormais dans la majorité des pays européens ; les citoyens de l’U.E sont déjà autorisés à participer à nos scrutins locaux. Pourquoi donc le refuser aux autres sinon par racisme, xénophobie encore disons le mot par islamophobie ? La France doit beaucoup à ses immigrations : démographiquement c’est grâce à elles que nous avons un solde positif.

Economiquement, outre les richesses produites par leur travail, les immigrés rapportent à l’Etat. L’Express vient de découvrir ce que tous les économistes savent : la différence entre prestations sociales accordées aux étrangers et fiscalité payée par eux est de 12 milliards au profit de l’Etat.

Culturellement, qui peut nier l’apport des générations issues des dernières migrations dans la création artistique, le sport ou encore la gastronomie.

Comment donc refuser aux parents de ces nouvelles générations de français le droit de s’exprimer localement ? Quel signal la République leur adresse quand on sait que leurs enfants subissent la double peine de la crise et des discriminations liées à leurs origines ?

Une reconnaissance sociale, culturelle et politique de ces «français de préférence» pour reprendre la formule d’Aragon dans l’Affiche rouge, constituerait un formidable atout pour notre jeunesse et pour notre pays.

Je dis les choses comme je les ai ressenties : le propos pitoyablement politicien du Président de la République sur cette question m’a profondément heurté. Mais refusant la malédiction qui nous hante, je suis prêt avec d’autres à continuer le combat. J’en appelle à toutes les femmes et à tous les hommes de cœur y compris les militants socialistes à qui j’ai envie de dire parodiant le Marquis de Sade « encore un effort pour être de gauche ».

 

Article paru dans La Marseillaise du 17 novembre

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article