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Cette histoire de France n'est pas la notre - Alain Hayot

Nicolas Sarkozy a fait de la création de la Maison de l’histoire de France le « Grand Œuvre » de son quinquennat. Ce projet soulève légitimement la réprobation de la quasi-totalité des historiens qui le qualifie de dangereux. Se mobiliser contre ce projet et donner à cette action une dimension populaire et citoyenne poursuit le combat engagé pour une autre vision de la France.

Ce musée présente en effet une vision étriquée de notre pays. Comment peut on concevoir, au 21e siècle, un musée d’histoire qui se cantonne à la seule « histoire de France » ? Quels repères peut on donner à notre jeunesse quand la plupart des problèmes et des défis qu’elle rencontre ont une dimension européenne et planétaire ? Dans le même temps, le ministère de l’Education Nationale restreint l’enseignement de l’histoire dans le second degré. Est ce la première étape dans la reprise en main d’un enseignement qui pose problème à l’actuelle majorité présidentielle qui a tentée d’imposer aux professeurs d’enseigner le « caractère positif de la colonisation » ?

Cette France rabougrie, repliée sur elle-même, qui a peur de l’autre, c’est précisément celle que veut dessiner le pouvoir sarkozyste à partir de ce qu’il a nommé l’identité nationale. Il y avait une certaine naïveté à croire que cette ambition présidentielle n’avait pas survécu à la forte réprobation qu’elle avait suscitée. La Maison de l’histoire de France se veut très officiellement la vitrine de l’identité nationale si l’on se réfère à la lettre de mission du Président de la République à Eric Besson et aux récents propos d’Henri Guaino. Les rapports préparatoires à ce musée sont effarants : on y parle de «  réponse identitaire à une crise identitaire », de recherche de « l’âme » et des « origines » de la France, de valorisation des « Grands Hommes » qui « « ont fait » la Nation. C’est une véritable instrumentalisation de l’histoire au service d’une vision que ne renieraient sans doute pas Charles Maurras ou Drieu La Rochelle !

Il y a tout juste un an je publiais dans L’Humanité une tribune qui dénonçait à ses débuts la campagne sur l’identité nationale non pas seulement comme une manoeuvre électorale mais comme un projet  politique dans la perspective de construire une hégémonie culturelle nouvelle, celle porté par le sarkozysme, ce mélange d’ultralibéralisme et de populisme. Je rappelais que « l’identité nationale est un concept dangereux parce qu’il renvoie à une vision figée, linéaire et consensuelle de l’histoire de France ». Une histoire plus complexe et souvent plus contradictoire que le roman national que l’on nous sert qui a vu la république et la démocratie se construire dans l’affrontement entre les tenants du conservatisme et ceux du progrès, les partisans de la guerre et du colonialisme et ceux de la paix et de l’indépendance des peuples, les collaborateurs et les résistants et qui voit aujourd’hui dans la rue se dresser un puissant mouvement populaire contre une droite de la régression sociale et démocratique, de nouveau soumise aux puissances de l’argent.

Installer ce musée dans un lieu, les Archives Nationales, hautement symbolique de la richesse et de la complexité de notre mémoire est une tentative de main mise idéologique sur notre histoire de la part d’un pouvoir qui n’a aucune légitimité pour cela.

Voilà pourquoi il faut exiger l’arrêt de ce projet et au-delà, la dissolution du ministère de l’identité nationale.

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