On ne devrait pas se moquer. L’ambition est humaine… Et les erreurs de calcul aussi.
Mais tout de même ! En voyant le secrétaire général du premier parti d’opposition et l’ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy revendiquer chacun, à quinze minutes d’intervalle, leur victoire dans la consultation interne qui les opposait pour la présidence de l’UMP, il est difficile de garder son sérieux.
Les accusations mutuelles – et sans aucun doute vraies dans les deux camps – de tricheries continuent de jeter du discrédit sur le courant politique qui vient de diriger la France pendant dix longues années. La démocratie, comme nos finances, sortent exsangues de cette décennie.
Les observateurs se répandent sur l’extrême division de la droite, sur le climat détestable au sein de l’UMP et sur les traces indélébiles que pourraient laisser ce scrutin.
Qu’importe ? Fillon/Copé, Copé/Fillon : quelle différence au fond ? Au terme d’une campagne qui a occupé une place démesurée dans les médias, il était clair que ce ne sont pas les divergences idéologiques qui motivaient la compétition mais essentiellement deux stratégies guidées par des ambitions personnelles évidentes, sur fond de détestation réciproque.
La principale leçon a tiré de ce spectacle lamentable est l’impasse et les dérives vers lesquelles mène tout présidentialisme. La concentration des pouvoirs dans les mains d’un seul homme, même s’il est une femme d’ailleurs, est une négation du concept même de République. Et ce n’est pas le suffrage universel direct qui rend plus légitime cette façon de faire et de penser la politique.
Non, choisir le bulletin de vote sur lequel est inscrit le nom d’un futur chef suprême n’est pas un gage de liberté et encore moins de démocratie. Si cette dernière est à bout de souffle, c’est en partie à cause de cette pratique qui n’est qu’une adaptation contemporaine de la monarchie.
A droite comme à gauche. Au sommet de l’Etat, d’une métropole ou d’une Région. Et les propositions de la commission Jospin risquent d’aggraver le fossé.
La 6ème République portée par le Front de gauche est bien plus ambitieuse. Elle prône la révolution citoyenne en ouvrant de nouveaux droits et de nouveaux pouvoirs aux habitants et aux salariés de notre pays. Nous l’avons martelé durant les campagnes du printemps dernier, qui ont suscité d’ailleurs un espoir certain dans la population. Nous continuons à penser qu’il faut redonner goût à la politique en y impliquant le plus grand nombre d’acteurs et d’actrices. Et non en faisant croire à un peuple que son destin se règle une fois tous les cinq ans par un concours de petites phrases et de tactiques politiciennes.
Jean-Marc Coppola