En cette rentrée, le rapport de la Chambre régionale des comptes, dont des copies semblent circuler dans les médias, et les difficultés rencontrées par certains groupes de la majorité régionale, ont mis en lumière certains aspects du fonctionnement de notre collectivité reléguant ainsi au second plan l’action politique du Conseil Régional ce que nous déplorons.
Pour ce qui nous concerne, et si nous revendiquons une nouvelle fois et avec fermeté notre attachement à la transparence et à l’éthique dans les pratiques politiques, nous préférons nous concentrer sur le fond et les orientations que devra prendre le Conseil Régional dans les mois à venir.
En ce sens, nous regrettons vivement l’accélération du calendrier sur un certain nombre de grands dossiers impactant fortement la vie des habitants de Provence-Alpes-Côte d'Azur.
Renégociation du prochain contrat de plan état région 2015 - 2021, programmation des fonds européens, budget 2014, volonté de passage en force de la métropole marseillaise, en quelques semaines ces dossiers portant sur l’avenir de notre région, soulevant des milliards d’euros, redéfinissant la démocratie locale, devront être bouclés sans laisser le temps ni de la discussion politique, ni de l’intervention citoyenne.
Pourtant, au regard de l’impact qu’ils auront sur notre vie à tous, nous considérons que les citoyens doivent être informés, consultés et partie prenante de la décision mais la précipitation des décisions ne leur en laissera pas l’opportunité.
Convaincu de l’importance de la participation citoyenne pour faire face à la crise de la politique et de la démocratie que nous connaissons, le groupe Front de Gauche s’élève vivement contre ses méthodes qui reviennent à reléguer la souveraineté populaire à un bulletin de vote tous les six ans et à confier à des techniciens, sans arbitrage politique concerté au sein d’une majorité plurielle, le soin de procéder aux choix qui détermineront l’avenir de notre territoire.
- Le CPER 2015 - 2021
Il en est ainsi du futur Contrat de Plan Etat Région. Pourtant lors de la négociation du dernier CPER en 2006 avec un gouvernement de droite, notre collectivité avait mené plus d’une année de rencontres à travers l’ensemble du territoire pour mettre en débat ses priorités avec la population, le mouvement social et syndical ou encore les collectivités partenaires, et ce dans le but de coller au plus près des enjeux et surtout des urgences auxquels doit faire face notre région.
Or aujourd’hui, rien de tel ne semble prévu pour la prochaine planification.
En effet, ce dernier est travaillé par les services, sans rencontres citoyennes, mais sans même que les conseillers régionaux de la majorité ne soient informés ou sollicités pour faire part de leur appréciation.
Pire, nous apprenons que le volet mobilité, domaine éminemment structurant, eu égard aux compétences du Conseil Régional, devra être rendu d’ici la fin de l’année, sans qu’aucune réunion de travail à laquelle nous sommes pourtant disposés à participer ne soit prévue.
Enfin, nous apprenons par des informations disparates que celui-ci réintroduira le financement des routes, ce que nous contestons, mais ne prendra pas en compte des thématiques décisives pour l’avenir de notre territoire telles que la formation, l’agriculture ou la mer.
Seule l’absence de concertation peut conduire à de telles aberrations. Qui décide de ces orientations si ce n’est des hauts fonctionnaires à mille lieues des préoccupations populaires ?
Nous n’accepterons pas que les citoyens de notre région soient écartés de l’élaboration d’un document de planification qui aura de grandes conséquences sur le développement de notre territoire, pas plus que nous n’accepterons une mise à l’écart de notre groupe en la matière.
La crise sociale, économique et écologique qui frappe les habitants de Provence-Alpes-Côte d'Azur impose des réponses à la hauteur des attentes de la population en lieu et place de considérations technocratiques sur fond d’austérité généralisée.
Par ailleurs, nous réclamons la mise en place urgente d’un comité de pilotage qui devra permettre la réalisation indispensable d’un bilan relatif à l’actuel CPER et la rédaction d’un avenant pour l’année 2014 afin que celle-ci ne soit pas une année blanche, notamment en ce qui concerne l’avenir des organismes co-gérés par notre collectivité, tels l’ADEME ou le CRIGE, représentants plus de 250 emplois à travers la région.
- Les fonds européens
Il en va de même concernant la programmation 2014 - 2020 du Fonds Européen de Développement Régional (FEDER) actuellement en discussion et une nouvelle fois travaillé en dehors de toute concertation citoyenne.
Nous apprenions dernièrement que ces derniers allaient probablement baisser et qu’ils laisseraient de côté des thématiques pourtant fondamentales dans notre région à l’instar de la prévention des risques naturels (inondations, incendie…) auxquels nous devons pourtant faire face régulièrement.
Nous réclamons que les discussions se poursuivent autour des montants et des orientations de la future programmation du FEDER se fassent de façon démocratique en y associant les élus mais également la population comme cela se pratique dans de nombreuses régions.
- La Métropole Aix-Marseille
Autre exemple du déni de démocratie auquel doit faire face notre territoire, mais également notre collectivité, l’imposition à marche forcée par le gouvernement de la métropole marseillaise.
Malgré l’opposition de la quasi-totalité des maires concernés, malgré la forte mobilisation des citoyens et des élus (référendums, rassemblements et manifestation), sa mise en œuvre avance sans qu’aucun véritable débat démocratique ne soit mené.
Le Conseil Régional, qui se verra amputé d’un bon nombre de ses prérogatives, s’inscrit pourtant dans la démarche d’une concertation de façade, l’essentiel des dispositions étant déjà actées par le gouvernement.
Notre groupe avait initialement accepté de participer aux chantiers de préfiguration, qui devaient permettre la discussion autour de grands enjeux comme l’emploi, la jeunesse, la mobilité ou l’équité sociale, en a rapidement saisi les limites. Aucun débat autour des orientations, leur seul objectif visait à prendre acte et à valider les décisions du gouvernement, en organisant un simulacre de concertation démocratique.
Nous refusons la création d’un monstre administratif qui éloignera encore davantage les citoyens des centres de décisions, nous refusons que la concurrence entre les territoires devienne un modèle de bonne gouvernance, nous refusons que l’on dénie à la démocratie représentative et citoyenne le droit de s’exprimer et de prendre part aux décisions qui la concerne, notre groupe se retire donc avec effet immédiat de ces groupes de travail.
- Préparation budgétaire 2014
En cette rentrée, notre collectivité prépare également son prochain budget dans un contexte général dramatique pour un grand nombre des habitants de la région tant la situation économique et sociale s’aggrave sur notre territoire, tant la pauvreté atteint quasiment 30% des ménages dans certaines zones urbaines, tant le chômage est au plus haut depuis des années, tant les conditions d’accès à un logement digne se durcissent…
Face à cette situation nous, élus, responsables politiques avons la responsabilité d’agir.
Nous avons collectivement l’obligation d’être utiles à condition d’oser s’opposer au schéma que l’on a pré écrit pour nous, qui nous impose, au nom de la « responsabilité », de tailler aveuglément dans nos dépenses pour répondre aux exigences des financiers et non à ceux de la population.
Il faut oser sortir de l’austérité dans laquelle on veut nous enfermer, en exigeant de l’Etat de nouveaux moyens pour notre collectivité, en contraignant les entreprises à participer à l’effort collectif, en investissant massivement, mais sous conditions, dans l’économie et en développant les services publics.
C’est le sens des propositions portées depuis de longs mois par les conseillers régionaux Front de Gauche.
Toutefois, force est de constater qu’il est aujourd’hui plus difficile pour notre groupe de faire avancer ces propositions alors même que le changement de majorité au plus haut sommet de l’Etat aurait dû permettre aux collectivités de retrouver des marges de manœuvre financières à même d’apporter un soutien indispensable aux populations en difficulté sur leurs territoires.
Mais c’est l’inverse qui s’est produit et la nouvelle baisse annoncée de 10 milliards d’euros des dotations aux collectivités amplifiera ce phénomène et aggravera par conséquent encore davantage les conditions de vie de milliers d’habitants en Provence-Alpes-Côte d'Azur.
Il est grand temps que les orientations nationales actuelles cessent de s’inscrire dans la même logique que celles de leurs prédécesseurs, celle de la réduction aveugle des dépenses publiques, de la soumission aux exigences des marchés, de l’austérité et la rigueur comme seul horizon, signant ainsi le renoncement du politique face aux forces de la finance.
Notre groupe avait déjà exprimé de vives réserves concernant l’élaboration des deux derniers budgets régionaux, réserves qui s’étaient traduites y compris dans les votes des conseillers régionaux Front de Gauche.
Aujourd’hui nous exigeons un véritable changement de cap dans l’orientation politique du Conseil Régional.
Un changement de cap urgent et profond, à la hauteur des enjeux auxquels nous devons faire face, à la hauteur des réponses que doit apporter la gauche aux habitants de PACA qui subissent chaque jour davantage les effets d’une crise dont ils ne portent aucune responsabilité.
Cela impose des choix politiques ambitieux mais indispensables si l’on souhaite réellement donner de l’espoir à nos concitoyens et permettre le maintien d’une cohésion sociale mise à mal par des années de reculs des droits sociaux, de destruction des services publics, d’explosion de la précarité, de casse du droit du travail…
Pour cela, il ne s’agit pas de rester au milieu du gué, mais bien au contraire, et à l’échelle qui est la nôtre, de faire avancer des propositions progressistes et solidaires, à l’instar de la gratuité totale des transports régionaux pour les jeunes ou l’application de la tarification sociale des cantines scolaires à l’ensemble des familles bénéficiant de l’Allocation de Rentrée Scolaire.
Mais cela impose également d’aller davantage au contact de la population par la multiplication des rencontres, des échanges, des débats afin de mesurer au mieux les problématiques de notre territoire, les urgences auxquelles doivent faire face ses habitants et de construire ainsi des politiques qui répondent aux besoins et aux aspirations populaires.
Une nouvelle fois, nous regrettons d’être le seul groupe à engager cette démarche et donc à renforcer la dimension citoyenne de la préparation de notre budget en organisant des rencontres publiques dans l’ensemble des départements de PACA pour mettre en débat nos propositions et les conditions dans lesquelles s’établissent les discussions budgétaires.
Sur le fond comme sur les pratiques, nous exigeons le changement pour l’ensemble des habitants de Provence-Alpes-Côte d’ Azur.