Quand les raccourcis peuvent conduire à des impasses
Mon propos partira du milieu enseignant que je connais bien et qui me semble emblématique de l’état d’esprit d’une bonne partie des citoyens de gauche. J’ai été vraiment surprise par le dernier C.A d’un lycée. Je pressentais un débat houleux sur la question de l’augmentation des tarifs de la cantine. Les services nous avaient d’ailleurs envoyé une note pour nous « armer ». Ce ne fut pas nécessaire. Cela ne signifie pas qu’il n’y ait pas de mécontentement mais il est contenu, la compréhension prévaut.
Je me suis interrogée sur les causes d’une telle attitude inhabituelle. J’en ai trouvé deux, une qui touche la Région et l’autre qui relève de la situation politique générale.
La région possède en effet une bonne image dans les lycées. Celle-ci provient des fruits de la politique régionale jugée positive. Les dotations sont correctes, il existe beaucoup de mesures sociales en faveur des jeunes, les services sont à l’écoute et généralement réactifs.
Il me semble que cette étonnante compréhension vient également de la comparaison entre l’Etat et la Région. Du côté de Paris rien de positif. Les réformes ne font qu’aggraver les conditions de travail et d’étude. Les nouveautés ne sont que poudre aux yeux et prétextes à des réductions de postes comme l’enseignement personnalisé à 28 élèves. De plus les personnels d’Etat voient les conditions des agents de la Région s’améliorer contrairement aux leurs.
Est-ce à dire que tout est pour le mieux du côté de la Région ? Non, bien sûr. Les besoins en matière de rénovation des locaux sont anciens et pourtant urgents pour des conditions d’étude dignes du XXIème siècle. Cependant la grande majorité des usagers des lycées a une idée des contraintes budgétaires de la Région et constate sa volonté de faire au mieux malgré tout. La gauche étant dominante dans ce milieu, les gens attendent avant tout et impatiemment le départ de Sarkozy et de son équipe. A l’inverse ils soutiennent la majorité régionale de gauche et son Président. C’est encourageant mais ce n’est pas complètement rassurant. Changer les personnes à la tête de l’Etat ne suffit pas si l’on ne change pas radicalement de politique. Les bonnes intentions, seraient-elles de gauche, sans les mesures financières pour alimenter les caisses de l’Etat et sans relance de l’économie et de l’emploi, ne seraient pas efficaces. C’est une évidence mais elle n’est pas forcément la priorité dans la réflexion et les attentes des citoyens, en particulier des enseignants. Ces derniers, y compris des électeurs du Front de Gauche, se sont mobilisés pour les primaires socialistes. Au 1er tour, plus qu’au 2ème où ils ont eu l’impression d’avoir été trompés par « le plus à gauche ». J’ai cru voir dans cet engagement pour cette mascarade beaucoup d’illusions sur le PS.
Le rôle du Front de Gauche est de clarifier cela et de montrer sans agressivité les limites de la gauche socialiste. En élevant le niveau d’exigence des citoyens pour construire un réel changement nous serons vraiment utiles à la gauche et au Pays. Nous devons combattre le vote dit utile que ne manqueront pas d’agiter les candidats socialistes, ce leurre sera malheureusement relayé par les medias. L’impatience de chasser Sarkozy est un terreau très favorable au vote pour le candidat PS dès le premier tour.
Les pessimistes pourraient penser que c’est le combat du pot de terre contre le pot de fer. Les révolutionnaires du XXIème siècle que sont les artisans du FDG ne se laisseront pas abattre par le fatalisme. « L’histoire ne connaît ni hasard pur ni prédétermination ; elle est création » selon l’historien Roger Martelli. Nous sommes les constructeurs de notre époque et de l’avenir.