Le pape, Charlie et les mariés de Cabestany
Benoit XVI rentre d’une visite en Afrique où il a déclaré que le Sida était un problème « avant tout éthique ». On se souvient encore du discours de Dakar dans lequel Sarkozy injuriait tout un continent en estimant que le « drame de l'Afrique » venait du fait que « l'
homme africain n'est pas assez entré dans l'Histoire ».
On pourra se référer maintenant au discours de Cotonou où, évoquant le vrai drame de l’Afrique, Joseph Ratzinger qualifia les 70% des 34 millions de personnes touchées par le virus du Sida de problème éthique. Des propos affligeants à l’approche du 1er décembre, journée mondiale de lutte contre cette maladie.
Le même pape faisait récemment l’objet d’une autre polémique au sujet d’une publicité d’une célèbre marque de vêtements qui le met en scène embrassant fougueusement un imam du Caire. Une sorte d’appel à la fraternité entre les peuples qui n’a pas été du goût du Vatican lequel a immédiatement demandé le retrait de l’affiche. Celle-ci aurait sans nul doute déplu également aux profanateurs de la liberté de la presse qui ont commis l’attentat contre le journal Charlie Hebdo. L’intégrisme et le conservatisme n’ont pas de religion. Ils sont meurtriers pour l’émancipation humaine. Et il est consternant que des hommes et des femmes politiques, comme c’est le cas dans la nébuleuse UMP, s’engagent, à la manière des Croisés, dans des combats moraux d’arrière-garde alors qu’ils cautionnent un système mondial qui est en train de piller les Etats, les citoyens et notre planète.
Les réactions de certains au mariage de deux hommes par le maire communiste de Cabestnany sont d’un autre siècle.
Où est l’immoralité ? Dans le fait que deux personnes du même sexe s’aiment et veulent pouvoir le faire avec la pleine égalité des droits ou dans celui de donner un blanc-seing aux marchés financiers qui imposent aux peuples des politiques d’austérité pour spéculer sur l’endettement public ?
« Nous sommes les 99% ! », pouvait-on entendre dans les rues de Nice, au contre-sommet du G20. Et c’est bien nous qui avons la vision de la société la plus juste, la plus solidaire, la plus porteuse de progrès, la plus moderne. Ce n’est certainement pas le monde que nous proposent ceux qui veulent tout confier à la libre concurrence, aux lois du marché. L’espoir n’est pas plus du côté de ceux qui se sont résignés à accompagner le système, en croyant atténuer ses ravages en l’humanisant. Et ce n’est certainement pas le spectacle lamentable de tractations au sommet desquelles sont exclus les citoyennes et les citoyens qui redonneront confiance en la politique.
Avec le Front de gauche, nous voulons redonner du crédit et de l’efficacité à l’action politique en la nourrissant en permanence de l’intervention citoyenne active. Nous voulons rendre le pouvoir au peuple à qui je demande de se mobiliser et de s’exprimer dans nos assemblées citoyennes comme dans les urnes. C’est la base de notre engagement pour une 6ème République qui soit celle du partage des richesses et du vivre-ensemble.
Ce n’est que si elle rompt avec une vision archaïque, prédatrice et immobile de la société que la gauche convaincra les citoyennes et les citoyens de sa capacité à construire un monde fondé sur le partage des richesses et le vivre-ensemble. Il n’y a qu’au regard de cette perspective que nous serons utiles. Car ce n’est pas la victoire de la gauche qui changera nos vies mais la victoire d’une politique de gauche. Et ce n’est qu’en tirant les enseignements des dernières élections en Espagne et de l’échec cinglant de la social-démocratie qu’une véritable politique de gauche s’inscrira dans la durée.
C’est toute l’ambition du Front de gauche pour les échéances à venir.