Réenchanter la politique n’est pas primaire
Crise financière, crise économique, crise sociale, crise des finances publiques et crise morale, nous vivons une situation pleine d’incertitudes autant que d’angoisses. Celle, en particulier, de n’avoir prise sur rien ou sur pas grand chose. La répétition incessante que tout se joue à l’échelle mondiale y est pour beaucoup et finit par déboucher sur une crise de la démocratie. Une démocratie malade parce que ses principaux acteurs, les citoyennes et citoyens, sont poussés vers la résignation et la perte de confiance en des responsables politiques et économiques, voire en eux-mêmes.
Cette pédagogie du renoncement est méthodiquement distillée par les tenants des marchés financiers et tous ceux qui les servent afin de lever toute opposition au capitalisme. Une pédagogie entretenue pour accroître le repli sur soi, l’égoïsme, le sentiment d’impuissance, pour décourager toute volonté d’agir. Une pédagogie souvent accompagnée par les médias de la pensée unique qui réfutent toute contradiction, mettent en scène de fausses confrontations et griment le débat prétendument démocratique.
Dans cette situation nauséabonde, l’intérêt général, le bien commun, les fondements du vivre ensemble pour une société solidaire et d’égalité sont piétinés. Et c'est dans ce marécage que le Parti socialiste expérimente des primaires à la française. C’est pourtant une invention américaine, expérimentée par la « gauche » italienne et dont il aurait été utile de porter la connaissance de tous les enseignements tirés. Les cinq millions de téléspectateurs du premier débat entre six protagonistes laissent à penser qu’il y a là un renouveau possible de la politique. Pourquoi pas ? Il y a assurément une demande de politique, un besoin de trouver des solutions aux graves problèmes rencontrés. Mais la primaire ne compte pas parmi ces solutions.
D'abord, parce que les débats et les choix sont focalisés sur les personnalités. C’est d’ailleurs conforme à l’esprit d'une cinquième République à l'agonie, totalement pervertie par le renforcement de la personnalisation de la vie politique et du bipartisme. Trouver le bon «casting » pour l'alternance afin d'éviter toute alternative et tout changement profond.
Ensuite, parce qu'en invitant l'ensemble du corps électoral à se prononcer sur celui ou celle qui portera les seules couleurs du PS au premier tour, les dirigeants socialistes permettent aussi à la droite de choisir le candidat idéal pour la défaite de toute la gauche face à Sarkozy en 2012.
Enfin, ces primaires nous éloignent encore plus de la nécessaire construction d’un projet par les citoyennes et les citoyens.
On me rétorquera que les idées, les propositions, les projets sont portés par des hommes et des femmes, que de surcroît ces derniers doivent être rompus à la vie politique, expérimentés par des mandats cumulés, formés aux joutes oratoires. Les conséquences de ces pratiques - les crises, le délitement de la démocratie - nous demandent l'audace de tourner des pages. Le débat doit être agité par une vraie intervention citoyenne nourrie d’informations fiables et vérifiables, de propositions argumentées pour rompre avec le système, de la création d’espaces de débat partout dans les quartiers, les cités, les écoles, les entreprises pour construire ensemble le contenu et la démarche pour gagner.
A la Fête de l’Humanité le week-end dernier, il y avait un peu de tout cela avec de nombreux messages d’espoir et une volonté de changement radical plaçant l’humain au centre. Il y avait des propositions qui réenchantent la politique, parce qu’elles ont le courage de s’attaquer à tout ce qui gangrène la société : la finance, la corruption, le cynisme et la résignation.
Réenchanter la politique, c’est ce que modestement tente le Front de gauche dans ses responsabilités locales comme à la Région et c’est ce qu’il portera dans les campagnes qui s’ouvrent afin qu’au printemps 2012 bourgeonne une démocratie réinventée.