Une leçon providentielle
Il était une fois un chef d’Etat dont l’élection quatre ans plus tôt avait suscité un enthousiasme démesuré. Enthousiasme aussi vite retombé dès que le projet de société qui l’animait et son éthique politique apparurent clairement aux yeux de ses concitoyens.
De contre-réformes régressives en scandales politico-financiers, de promesses non tenues en atteintes au pacte républicain, la colère populaire montait, montait… aussi fort que la côte du président s’effondrait dans les enquêtes d’opinion.
Drapé dans sa légitimité issue des urnes, le président balayait la contestation d’un revers de manche d’où scintille une Rolex. Et continuait de plus belle à démanteler le modèle social d’un pays qu’il offrait aux marchés financiers.
Le peuple ne vit alors qu’un seul espoir : se réfugier dans le rêve d’une alternance à la fin du mandat que pour rien au monde il ne souhaitait lui renouveler.
Ce devint une obsession : chasser celui qui, à coup de citations jaurésiennes et de slogans publicitaires, avait bel et bien trahi. Pour cela, il leur fallait un nouvel héros, un homme ou une femme providentielle. Qu’importe ses valeurs et ses faits de guerre, il leur fallait celui ou celle qui les débarrasserait de celui qu’ils ne pouvaient plus voir, ni même en photo dans la salle des mariages de leur mairie. Le chevalier blanc viendrait forcément du camp d’en face et du plus gros bataillon. Cela ne pouvait faire de doute. De toute façon, cela ne pourrait pas être pire. Et pour gagner, il fallait rassembler. Rassembler tous ceux qui ne voulaient plus du pouvoir actuel. Ce n’était pas le moment de pinailler, être « contre » suffirait. Pour le programme, on pouvait repasser. Quelques mesures de forme mais pas de grand bouleversement, bien entendu. L’urgence était au candidat idéal, pas au changement de régime. Puis, affoler le système risquerait trop de braquer, d’inquiéter ceux qui s’en nourrissaient.
On savait quand, on savait comment, restait à savoir qui. Mais la tâche étant sérieuse, il fallut laisser faire les spécialistes : les instituts de sondage et leur bras armés, les médias.
On chercha donc la personnalité toute indiquée et on n’eut peu de mal à la trouver. Un homme, puissant, compétent, médiatique mais distant et respecté de tous, surtout du marché. Son chemin était tout tracé, l’Elysée lui ouvrait les bras, l’élection devenant une formalité. La France était pour ainsi dire déjà libérée. Un an avant le scrutin, avant même la candidature salvatrice déclarée.
Mais en pleine nuit d’un week-end printanier, c’est le coup de tonnerre. L’homme providentiel est arrêté, menotté, emprisonné, son destin présidentiel brisé pour une sombre affaire de mœurs. L’alternance était-elle menacée ? C’était sans compter sondeurs et reporters. Quelques jours après, il était déjà remplacé mais.
Cette histoire pourrait se passer chez nous, en 2011, où tout un peuple aspire au changement.
Peut-on continuer comme ça ? Peut-on laisser reposer l’alternative sur l’homme ou la femme providentielle ? Ce n’est pas notre conception au Front de gauche. Notre candidat ne sera pas de cet acabit-là. Il n’y aura jamais de personnalisation du pouvoir parce que le pouvoir on le rendra. Le présidentialisme sera aboli et une Sixième République naîtra. Elle naîtra d’un projet populaire et partagé, élaboré par des centaines de milliers de mains et pour des millions d’autres.
Les élections présidentielle et législative de 2012 n’ont d’intérêt que si elles contribuent à l’intervention active de chaque citoyen et chaque citoyenne dans la réécriture collective de notre démocratie et pas seulement dans le choix d’une femme ou d’un homme.