Tout le week-end en a été occupé – pollué devrais-je dire : Marine Le Pen devancerait tous les candidats à l’élection présidentielle, c’est le résultat d’un sondage paru vendredi et qui fait l’actualité avec une insistance surprenante.
Cette affaire est en effet bien préoccupante. Et le malaise concerne aussi l’usage qui est fait des sondages …
Entendons-nous : il n’est pas question de minimiser le danger que représente le Front National dans la vie politique et la société françaises. C’est une réalité, alarmante, qui exige une réaction politique à la hauteur du risque.
Le sondage mesure-t-il cette réalité ? A sa façon, sans doute, c'est-à-dire en se plaçant, comme toujours, dans l’optique d’une échéance électorale, et que ce soit celle de l’élection présidentielle ne contribue pas à la clarté du débat … Ne fait-il que cela, une « mesure de l’opinion » ? Certainement pas ! C’est presque une banalité que de dire que les sondages fabriquent l’opinion plus qu’ils ne la mesurent. En voilà bien un exemple ! Car derrière l’alerte que l’on pourrait entendre vis-à-vis de la montée du Front National, comment ne pas entendre aussi sinon l’appel à, du moins l’idée du « vote utile » ? Autrement dit, il s’agit ici d’instrumentaliser le danger lepéniste et de faire de Marine le Pen un épouvantail … Et cela encourage, en fait, à la démobilisation populaire, vis-à-vis de la politique en général comme du Front National en particulier.
D’abord parce que ces projections de « l’opinion » vers une échéance électorale encore éloignée contribue à renforcer l’idée que tout est joué et à minimiser par avance les effets de la bataille politique, électorale mais pas seulement, telle qu’elle se mène et se mènera jusqu’au temps réel de l’élection. Elles figent les citoyens dans une position de spectateurs, « informés » des mouvements d’une opinion à laquelle ils ne sont guère censés contribuer. Elles participent aussi à « créer ce que l’on redoute » et à faire du discours une réalité. Elles installent sans distance ni précaution le Front National dans la posture qu’il cherche à conquérir, celle d’une force politique en mesure de gouverner le pays.
Certes, les sondages n’inventent pas, et on peut à juste titre objecter aux partis politiques, ceux du Front de Gauche y compris, que la situation politique du pays relève des résultats de leur action. En tout état de cause bien sûr, même si les responsabilités des uns et des autres sont loin d’être les mêmes !
Car pour ce qui est des idées véhiculées par le Front National, force est de constater une nouvelle fois le dangereux voisinage qu’entretiennent avec elles Nicolas Sarkozy, ses politiques, son parti , l’annonce d’un débat sur l’islam - transformé très vite en débat sur la laïcité ! - venant aujourd’hui rejouer la provocation qu’avait constituée le débat sur l’identité nationale, dont on a vu, lors des élections régionales, les premiers effets … Ce n’est évidemment pas de leur côté que l’on cherchera la mobilisation anti FN, bien au contraire, et toutes les illusions sur un prétendu « arc républicain » devraient être dissipées très vite.
Ces idées, racistes, xénophobes, haineuses, dont on sait qu’elles sont là pour diviser les classes populaires, qu’elles s’appuient sur la misère et le désarroi des victimes de la crise et des politiques ultralibérales, qu’elles font leur fond de commerce du rejet de la politique et du populisme réactionnaire, comment les combattre ?
En en dénonçant la logique et le véritable objectif, bien sûr. En en montrant les conséquences intolérables en termes d’humanité. En les confrontant aux valeurs républicaines, démocratiques, de solidarité et de justice qui sont celles, fondamentalement, des classes opprimées. Bataille politique, idéologique, que nous menons, mais est-ce suffisant ?
Une fois encore, c’est bien sur la démocratie, la conception et la pratique que nous en avons, que cette bataille interroge …
La démocratie, ce n’est pas, cela ne peut être aller voter tous les deux ans … On l’a dit, Alain Hayot sur ce blog pas plus tard que la semaine dernière. Il s’agit non seulement de s’en convaincre, mais de fabriquer les outils qui rendront possibles une révolution dans ce domaine. Je ne reviens pas sur les outils institutionnels que le Front de Gauche propose et proposera au terme des débats du programme partagé. Ils sont absolument nécessaires. En prenons-nous bien la mesure ? Sommes-nous capables d’imaginer, et de promouvoir, une société où l’ensemble des responsabilités seraient assumées par tous, ce que suppose la limitation des mandats, en termes de cumul et de durée ? Quel changement dans les pratiques, dans l’idée que se font de leurs élus les citoyens (et réciproquement !), dans le partage des responsabilités, la solidarité dans les décisions ! C’est dire aussi qu’il faut rendre crédible et légitime dans l’esprit de nos concitoyens ce nouveau partage démocratique, solliciter la participation, rendre accessible l’information, organiser la formation … Ce qui, d’ailleurs, commence dès maintenant, avec nos moyens et dans nos pratiques militants. Notamment avec les débats du Programme Populaire Partagé !
Dans cet ordre d’idées, des propositions doivent émerger pour assurer un véritable contrôle démocratique du fonctionnement des institutions. A l’heure où des affaires judiciaires mettent en cause des acteurs politiques dans notre département, c’est en ouvrant toutes grandes les fenêtres sur notre comportement politique et en encourageant nos concitoyens à solliciter l’ensemble des femmes et hommes politiques en ce sens, c’est en démontrant la noblesse et le désintéressement de l’engagement politique, en y appelant, que nous mettrons à mal la séduction du Front national fondée sur un « tous pourris » bien peu regardant !
Dernière suggestion, actuelle et concrète : la Région, sous la responsabilité de Nathalie Lefebvre, a lancé des Etats Généraux de la Démocratie. Ils vont comporter des « fabriques de la démocratie », qui relèveront de l’initiative des acteurs sociaux, dans les lieux, les formes, sur les thèmes qui leur semblent opportuns. Nous avons là l’opportunité d’expérimenter une conception et une pratique dynamiques de la démocratie ... Ne la laissons pas passer !