D’ « Indigènes » à « Hors la loi », des films pour une histoire commune.
« Hors la loi » le dernier film de Rachid Bouchareb continue d’explorer, après « Indigènes », certains aspects de l’histoire coloniale française mais il le fait et il a raison comme s’il s’agissait d’une histoire commune à la France et à ses anciennes colonies.
Ce film s’ouvre en 1945 sur le massacre à Sétif de milliers d’algériens par l’armée française. Trois jeunes rescapés partent s’installer en métropole à Nanterre dans le plus grand bidonville français. Et là commence une histoire singulière où les colonisés mènent le combat contre le colonisateur sur son propre territoire. C’est cette histoire franco-algérienne, partie prenante de l’épopée de la conquête par le peuple algérien de son indépendance que le film raconte magistralement.
Ce film est exemplaire à plus d’un titre : en premier lieu il traite d’un sujet totalement méconnu, la participation de l’immigration à la lutte de libération nationale algérienne et au-delà il aborde un sujet quelque peu tabou dans la filmographie française, la colonisation et la décolonisation de l’Empire Français ; Certes il y a déjà eu des films (Vauthier par exemple) mais ils ont été soient censurés soient empêchés d’être diffusés.
En second lieu les deux derniers films de R.Bouchareb rendent aux enfants d’immigrés la fierté de leur histoire et du comportement parfois héroïques de leurs parents. Dans un cas ils ont participé à la libération de la France, dans l’autre il mène un combat exemplaire pour leur dignité et la liberté de leur pays.
En troisième lieu « Hors la loi » ne cache rien, pas même les scandaleux règlements de compte interne au mouvement de libération national algérien qui a permis au FLN de s’approprier l’exclusivité de ce combat. En même temps il n’oublie pas les milliers de morts par noyade dans la Seine des manifestants algériens à Paris en octobre 1961 par la police du Préfet Papon.
Il montre aussi la solidarité qui a accompagné en France même cette résistance. Ces porteurs de valises ou cet imprimeur communiste, personnages importants du film. Celui-ci commence par des images d’archives des liesses populaires à la libération de la France et se termine par celles du peuple algérien à l’indépendance de l’Algérie. Ce signe d’égalité entre les deux évènements est porteur d’une grande espérance de la part d’un cinéaste et d’acteurs français issus de ces immigrations : l’égalité pour ces enfants reste à conquérir. Surtout par les temps qui courent où l’on stigmatise des populations qui ont pourtant contribué au développement de la France. Ceux qui organisent des manifestations contre ce film feraient bien de s’en souvenir.
Il faut rappeler que le destin de la France et des pays qui ont subi la colonisation est qu’on le veuille ou non profondément lié par des liens multiples. C’est pourquoi les générations issues de l’immigration sont une part de nous même et de nos identités. Faisons en sorte qu’ils accèdent aux mêmes droits que chacune et chacun d’entre nous, dans un pays, qui est désormais le leur, même si souvent l’histoire a décidé à leur place.
NB : les deux films évoqués dans cette tribune ont été soutenus par la région PACA et par Alain Hayot lorsqu'il était en charge la culture au Conseil régional.