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Populisme - Alain Hayot

Le populisme fait l’objet d’un débat d’idées intense. En quelques jours Libération et Le Monde ont publié des articles sur ce sujet des philosophes Rancière, Stiegler et Traverso et des sociologues Habermars et Morin tandis que Le Monde diplomatique consacre son dossier du mois aux extrêmes droites en Europe. Faut-il utiliser ce terme ? Rancière est réticent en mettant en avant la vision méprisante du peuple qu’il véhicule. De ce point de vue il a raison mais c’est précisément parce que le discours populiste s’adresse aux classes populaires avec l’ambition de les instrumentaliser à des fins totalement contraires à leurs intérêts qu’il faut le conserver pour définir une telle démarche. Le dossier du Monde diplomatique, Morin et Traverso nous alertent sur les évolutions contemporaines du populisme. Et Stiegler nous montre à quel point le consumérisme de masse manipulé par un marketing fondé sur la communication analogique, télévisuelle essentiellement, a préparé le terrain au populisme politique moderne. Comment peut-on caractériser le danger populiste et comment le conjurer ? En premier lieu le populisme aujourd’hui trouve sa source autant dans la peur du déclassement social que dans la crise sociale elle-même. Si l’on ajoute à cette peur l’absence de solutions nouvelles à gauche, on comprend mieux le désarroi dominant. En second lieu le populisme tente de conjurer ces peurs en désignant des boucs émissaires, en dressant les victimes les unes contre les autres en individualisant le destin de chacun comme remède à la crise sociale. Le fait nouveau c’est que l’islamophobie a remplacé l’antisémitisme d’hier comme la défense de l’occident a modernisé la thèse de la supériorité de la race blanche. Enfin la fracture sociale qui s’est instaurée entre « les élites » et le peuple donne à son projet liberticide, autoritaire et anti démocratique les couleurs d’une prétendue croisade sociale. En troisième lieu le populisme aujourd’hui ne se résume plus aux extrêmes droites. Il est de plus en plus évident que celles-ci ont essaimé à un point tel que le populisme nourrit largement dans nombre de pays, l’entreprise de sauvetage par les droites d’un capitalisme en crise majeure. Aux USA avec le fondamentalisme républicain, en Europe avec le berlusconisme, le sarkozysme, le modèle Hongrois, comme dans le monde arabomusulman avec l’intégrisme religieux. Le populisme est un véritable projet politique de droite dont l’objectif, en s’adressant aux classes populaires, est de prétendre, prendre en charge leurs angoisses en les divisant afin de les soumettre à l’ordre dominant. Comment le combattre ? Il faut bien voir deux choses : le populisme actuel s’enracine dans les contradictions générées par le fait que chaque révolution potentiellement émancipatrice (informationnelle, féministe, écologique, urbaine, démocratique et culturelle…) se heurtent aux choix dévastateurs d’un capitalisme financier désormais destructeurs d’humanité, de nature et de culture. En outre, c’est dans l’absence d’une vision alternative crédible à ces choix, c’est dans la désespérance sociale qu’il faut comprendre le pessimisme des peuples et leur disponibilité à la démagogie populiste. « Quand les petits voient petits ils sont perdus » disait Bertola Brecht. En même temps c’est dans ce même espace social et politique que nous pouvons et nous devons refonder avec les gens eux-mêmes un avenir de liberté et d’émancipation. C’est possible. « L’espérance se nourrit de ce qui conduit à la désespérance » nous rappelle Edgar Morin dans son article du Monde en citant un vers d’Hölderlin que j’aime beaucoup : « Là ou croit le péril croit aussi ce qui sauve ».

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