Nationalisations et services publics, deux termes trop souvent montrés du doigt et décriés par l’intelligentsia patronale, libérale et sociale-démocrate, et les éditocrates bien-pensants à l’heure de la pseudo crise des déficits publics et des besoins de compétitivité !
Pourtant, ce sont bien deux outils, deux voies à utiliser à la fois pour relancer l’activité industrielle et économique de notre pays et donc l’emploi mais aussi pour répondre aux besoins sociaux de nos concitoyen-ne-s.
Le débat sur la nationalisation de l’outil productif et bancaire a ressurgi avec la question de l’avenir des hauts-fourneaux de Florange et la volonté de Mittal de se débarrasser purement et simplement des derniers lieux de production d’acier en France. Face aux cris d’orfraies de Laurence Parisot et d’autres à l’évocation de la nationalisation de cet outil industriel, il est bon de rappeler quelques vérités.
Tout d’abord, Mittal a racheté Arcelor pour un euro symbolique, ce qui constitue la première aberration et l’aboutissement d’une privatisation rampante de l’entreprise sidérurgique nationale entamée par Dominique Strauss-Kahn, alors Ministre de l’Economie et des Finances de Lionel Jospin.
Mittal avait alors tout intérêt à ce rachat car l’acier produit en France est l’un des meilleurs au monde, et lui permettait de s’installer en Europe à moindre coût.
Aujourd’hui, que la demande européenne en acier, est moins forte, et que les investisseurs et autres agences de notation lui demandent des marges bénéficiaires toujours plus importantes, il se débarrasserait des hauts-fourneaux de Florange alors même qu’ils sont encore rentables. La baisse de la demande d’acier devrait logiquement conduire à fermer le site… Mais c’est oublier que la demande d’acier de par le monde n’a jamais été aussi élevée notamment dans les pays émergents ou encore à forte croissance comme l’Inde et la Chine. Mais Mittal produit déjà sur place et ne veut pas se faire concurrence à lui-même… Pire, il ne veut surtout pas céder l’outil français à un concurrent, qui viendrait ainsi lui faire concurrence sur son propre terrain ! Voilà la pure raison financière du sabordage du site de Florange, de ses emplois qualifiés, de ses ouvriers !
Celles et ceux qui pleurent sur l’absence de compétitivité des produits français à l’étranger étaient prêts à passer par-dessus bord notre outil industriel par leur logique libérale.
La nationalisation constitue donc bien une solution pour pérenniser la filière, les emplois car la rentabilité (à deux chiffres) ne constitue pas le seul unique objectif d’une gestion publique. Le passage sous gestion publique d’un tel outil permettrait au contraire d’œuvrer à garantir et renforcer les filières de formation et d’emploi, travailler sur la recherche et le développement, construire une transition industrielle écologique… Tel est le cœur de notre projet : l’écosocialisme !
Il faudra dans ce sens aussi retenir les leçons du passé pour assurer une réelle gestion publique, qui ne soit pas déléguée à quelques grands commis de l’Etat, mais bien prise en charge par la puissance publique, les salarié-e-s et les citoyen-ne-s.
Dans le même ordre d’idée, il est inquiétant de voir surgir dans la dialectique du gouvernement la question de la Modernisation de l’Action Publique (MAP) qui vient remplacer la destructrice RGPP (Réforme Générale des Politiques Publiques). La terminologie a du sens et parler de modernisation renverrait ainsi tous les opposants à des archaïques… mais la logique de la MAP est la même que la RGPP qui conduit partout, sauf dans l’Education, la Police et la Justice, à des suppressions de postes. Et la prochaine étape est déjà fixée : il s’agit de la fonction publique territoriale considérée comme pléthorique… Allez expliquer cela aux agents TOS des collèges et lycées, jamais assez nombreux pour répondre aux besoins de tels établissements, aux travailleurs sociaux des départements soumis à la pression toujours plus forte de publics précaires et pauvres de plus en plus nombreux… Si des excès, il y a eu, c’est celui d’élus clientélistes et c’est pourquoi, il faut réaffirmer l’accès unique à la fonction publique par le concours, en allant plus loin l’unification des fonctions publiques.
De la MAP aux services publics, il n’y a qu’un pas, que la Ministre Lebranchu franchi aisément en parlant non plus de services publics mais de missions de service public… Le glissement sémantique a son importance car des missions peuvent être assurées par des délégataires privés… Pourtant toutes les expériences des trente dernières années de délégation de service public ont démontré leur inefficacité et leur surcoût pour le citoyen : de l’eau aux ordures ménagères ; nombre sont les communes ou communautés de communes à réaliser le passage de leur service délégué en régie publique avec une association des salarié-e-s et des usagers, avec des réductions de coûts et donc des économies pour le citoyen.
C’est dans cette logique que la Région PACA a créé une régie publique des Transports en y intégrant le Chemin de Fer de Provence, grâce à une mobilisation sans faille des salarié-e-s et des usagers. IL s’agit ainsi d’améliorer la qualité du service public et garantir à toute une population la capacité de se déplacer à moindre coût, et à un territoire de ne plus être relégué.
Nationalisation de l’outil industriel, création d’un pôle public bancaire, renforcement des services publics, voilà qu’elle pourrait être les bases d’une politique gouvernementale alternative, qui pourrait répondre concrètement aux besoins du pays et de ses habitant-e-s.