Au-delà de l’écume des jours, l’année 2010-2011 restera comme un très grand cru si on se place du point de vue des avancées de la démocratie.
En premier lieu ce coup de tonnerre dans un monde enfermé dans les certitudes du 11 septembre et le prétendu choc des civilisations : les révolutions arabes. A-t-on vraiment pris la mesure de l’ampleur historique de ce processus né en Tunisie fin 2010. Il n’ira pas au même rythme et n’empruntera pas les mêmes formes partout mais de la Tunisie à l’Egypte, du Maroc à la Jordanie, de la Lybie à la Syrie, du Barheim au Yémen, les peuples exigent d’être entendus et associés aux décisions, de partager les richesses produites par leur travail. C’est un signal de portée universelle comme l’est celui que les peuples d’Amérique Latine envoient depuis déjà quelques années.
Le mouvement vers la démocratie des peuples arabes prend à contre pied l’intégrisme religieux comme les dominations néocoloniales et les dictatures locales. Il ouvre enfin une perspective à la lutte des Palestiniens pour leur indépendance nationale et la reconnaissance d’un Etat viable dans les frontières de 1967. Les mois qui viennent seront décisifs de ce point de vue.
Le réveil des peuples européens, des luttes contre l’austérité à l’émergence des « indignés », est un autre fait remarquable des derniers mois. Il n’est d’ailleurs pas totalement étranger au printemps arabe.
On comprend mieux aujourd’hui pourquoi les instances européennes se sont vite employées à tuer dans l’œuf le non des peuples français, hollandais et irlandais lors du référendum sur le traité constitutionnel européen en 2005. Elles ont voulu éviter la contagion mais voilà qu’aujourd’hui face à l’offensive du FMI et du Conseil Européen uniquement soucieux de protéger les banques, les peuples se dressent. Là aussi les rythmes et les formes ne sont pas les mêmes mais peut-être est-on en train d’assister à la naissance d’une conscience populaire européenne contre l’austérité imposée par les marchés financiers et pour une vraie démocratie selon le slogan des « indignés » de Madrid.
Oui à l’Europe mais une Europe populaire c’est-à-dire une Europe sociale, démocratique et authentiquement écologique. Pas l’écologie du capitalisme vert mais celle qui après Fukushima doit impérativement reposer la question de notre avenir énergétique avec une triple volonté politique : lutter contre le changement climatique, organiser une maîtrise publique, inventer des énergies renouvelables pour tous, sobres, propres et sûrs. Le débat n’est pas d’abord de nature technique, il s’agit d’un choix de société et de civilisation. Là encore c’est au peuple de décider à l’issue d’un grand débat citoyen et un référendum que propose le Front de Gauche.
Celui-ci est la dernière bonne nouvelle de l’année : se situant non à la gauche de la gauche mais au cœur de la gauche, point de repère, pôle de stabilité et force d’entrainement de toute la gauche avec l’objectif de construire une alternative populaire et citoyenne au libéralisme et au populisme. Le Front de Gauche dont l’élargissement est en marche, doit retrouver la dynamique de 2005 afin de changer la donne politique. Il doit renouer avec le fil de notre histoire en relevant l’étendard de la démocratie en France et en Europe contre toutes les oligarchies qui la mettent à mal. C’est une belle entreprise collective dont on ne mesure pas encore le potentiel qu’elle recèle pour 2012 et au-delà, pour battre la droite et l’extrême droite et ne pas renouveler les impasses dans lesquelles la gauche s’est vite enfermée ces 30 dernières années.