La crise grecque agit comme un révélateur de ce qui risque d’arriver à la plupart des pays européens, y compris le nôtre, dans les mois qui viennent. Les plus riches ont spéculé avec le soutien des gouvernements grecs qui ont creusé une dette abyssale en se soumettant aux conditions léoniennes des marchés financiers.
Aujourd’hui les autorités de Bruxelles, de la BCE et du FMI, au lieu de venir au secours de la Grèce l’enfoncent chaque jour un peu plus en lui imposant des politiques d’austérité draconiennes.
Le remède prescrit s’avère plus nocif que le mal : comme beaucoup d’économistes l’avaient prévu, en réduisant la dépense publique et en baissant les salaires, on a affaibli la demande, réduit l’activité et fait entrer le pays dans la spirale de la récession (-4,8 %). Cela ne lui permet plus de rembourser sa dette, mais aussi les fonds que l’Europe lui a avancés pour la rembourser. Ce cercle vicieux est entretenu par des agences de notations dont on se demande bien de quel droit elle décide de la vie ou de la mort d’un pays ? Ce que révèle la crise grecque c’est la permanence d’un choix politique scandaleux : nos gouvernants européens tout comme le FMI n’envisagent qu’une voie, celle de la soumission aux banques et aux fonds d’investissements dont on protège prioritairement les intérêts en imposant aux plus pauvres de payer une addition insupportable.
Mais trop c’est trop et les peuples européens à l’instar des peuples arabes n’acceptent plus ce monde dominé par un capitalisme financier qui a fait de la monnaie une marchandise sur laquelle il spécule, au lieu d’en faire un outil du développement économique afin de répondre aux besoins des populations et à la préservation de la planète.
« Notre lutte n’est pas seulement une lutte pour la Grèce, c’est la lutte pour une Europe indépendante, libre et démocratique » vient de déclarer le compositeur grec Mikis Theodorakis. L’indépendance à l’égard des marchés financiers pourrait se traduire par une BCE qui ne serait pas là pour garantir les créances des banques privés, mais pour développer l’économie européenne. La liberté pour l’Europe serait de refuser le pacte euro + qui va autoriser la Commission à contrôler les budgets des Etats membres et à leur imposer des politiques d’austérité injustes socialement, inefficaces économiquement, et dangereuses politiquement parce qu’elles creusent le lit des populismes de tous poils. La démocratie dont le fondement n’est pas la loi du plus fort mais la souveraineté des peuples, les grecs sont bien placés pour nous le rappeler.
Nous sommes tous des grecs ! le moment est venu de dire non à l’échelle européenne. Ce qu’ils appellent « le risque d’une explosion sociale » est le principal atout dont nous disposons en Europe pour refuser les choix de Sarkozy et Merkel, Zapatero et Papandréou, Cameron et Berlusconi et pour imposer un autre choix, celui d’une Europe sociale, écologique et démocratique. La responsabilité de la gauche européenne est là : rassembler les peuples pour imposer ce nouveau choix. La tâche est immense mais il n’y a pas d’autre chemin que celui de l’espérance dont le philosophe grec Aristote disait « qu’elle est le songe d’un homme éveillé ».
PS : Je me réjouis du choix historique fait avec une grande intelligence politique par près de 60 % des communistes français. C’est le choix d’un candidat de rassemblement, Jean-Luc Mélenchon, mais surtout d’un projet collectif enthousiasmant, celui du Front de Gauche dont l’ambition est précisément de rouvrir l’espérance, en France et en Europe.