Le discours de Mahmoud Abbas devant l’assemblée générale des Nations Unies a l’immense avantage de remettre chacun devant ses responsabilités. En premier lieu l’administration américaine : comment peut-elle menacer d’opposer son véto à une revendication qu’elle a officiellement reconnu comme légitime ? B. Obama a prononcé un discours célèbre au Caire où il s’est engagé à faire de cette question sa priorité et le temps fort de son mandat ! L’Europe est membre du « quartet » censé parvenir depuis des années à une solution partagée et Nicolas Sarkozy s’est engagé solennellement à Jérusalem en faveur d’un Etat palestinien.
Voilà qu’aujourd’hui B. Obama baisse les bras devant l’intransigeance de Netanyahou après avoir tourné la tête lors du massacre de Gaza.
Voilà que Sarkozy à New York tergiverse et tente de convaincre les palestiniens de négocier a minima.
Voilà que 110 députés de la majorité et chose incroyable un nombre important de députés socialistes prétendent dans un texte faire la leçon aux palestiniens les accusant d’unilatéralisme ! Ils savent bien qu’en redemandant des négociations bilatérales ils se font les complices de la colonisation israélienne qui veut négocier « mille ans » sans résultat en multipliant les prétextes et les obstacles permettant pendant ce temps à leurs colons de s’installer sur les terres palestiniennes, vidant chaque jour un peu plus un éventuel Etat de sa substance.
Sont-ils sourds et aveugles ceux qui soutiennent aujourd’hui une direction israélienne menée par une alliance entre la droite, l’extrême droite et les intégristes religieux dont la philosophie identitaire implique le refus de n’importe quel Etat palestinien. C’est parce qu’il est l’homme des colons et des extrémistes religieux que Netanyahou refuse tout gel de la colonisation, le retour aux frontières de 67 et le partage de Jérusalem !
Mais les temps ont changé et chacun devra l’admettre :
Les peuples arabes imposent désormais la démocratie à leurs dirigeants et le peuple israélien se dresse pour exiger que la priorité de leur gouvernement ne soit plus la guerre mais leur situation sociale, 74 % des israéliens souhaitent reconnaître un Etat palestinien et l’arrêt de la colonisation.
Dans le monde, les soutiens se multiplient : 124 pays ont déjà annoncé qu’ils voteront en faveur de l’admission de la Palestine à l’ONU. L’Egypte, la Turquie, alliés traditionnels d’Israël n’acceptent plus son intransigeance et les débats sont vifs au sein des diasporas juives.
La prise de conscience est générale sur le fait que les israéliens ont fait échouer toutes les négociations bilatérales depuis l’assassinat de Rabin et l’échec de l’accord d’Oslo. Il est urgent de leur substituer une conférence internationale afin qu’un rapport de force mondial, celui des peuples et des Etats, impose la création d’un Etat palestinien viable dans les frontières de 67, avec Jérusalem Est comme capitale et le règlement des droits des réfugiés.
En même temps la conscience grandit que la situation d’Israël n’est plus tenable longtemps : il ne peut continuer de vivre au Moyen-Orient sans être accepté par ses propres voisins arabes.
Le seul moyen pour lui de l’être n’est pas de jouer les gendarmes de l’occident mais de coopérer pacifiquement avec les peuples et les Etats de cette région du monde, berceau de civilisations dont il n’est pas l’unique dépositaire. Cela passe impérativement par la création d’un Etat de Palestine et l’instauration d’une paix durable et équitable avec l’ensemble de ses voisins.
La Méditerranée et le monde en ont bien besoin.